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Patrick Deschamps : « Notre valeur ajoutée, c'est notre créativité et notre réactivité »

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Technologies

logo-GENETIQ-150pxEn janvier 2017, la PMI française Gen’étiq (Métropole Lilloise) fêtera ses 20 ans. Comme son nom ne l’indique pas forcément, elle est spécialisée dans la conception et la production d’étiquettes de sécurité intelligentes « customisées » aux attentes de ses clients. Ceux-ci sont essentiellement des grands comptes du luxe, mais aussi des groupes industriels demandeurs d’étiquettes avec des fonctionnalités particulières.

 De ce point de vue, Gen’étiq est un acteur atypique des fournisseurs de solutions d’authentification et de protection aussi bien pour les emballages, que pour les produits et les documents officiels. Une étiquette peut aussi garantir qu’une procédure a bien été respectée. C’est le cas, par exemple, d’un étiquetage spécifique, mis au point par Gen’étiq, certifiant que la température de stérilisation de produits dentaires a bien été atteinte.

L’entreprise d’une quinzaine de personnes enregistre une croissance moyenne de son chiffre d’affaires de 10 à 15 % par an. Tandis qu’en 20 ans, la production a été multipliée par plus de 20, sur certaines références.

Plaidoyer en faveur de l’étiquette high-tech

Pour Patrick Deschamps, fondateur de Gen’étiq, « l’étiquette est loin d’être un produit démodé, bien au contraire. Aujourd’hui en devenant communicante, elle est le cœur des systèmes de protection les plus sophistiqués. Plusieurs facteurs contribuent à rendre le marché porteur à savoir :

  • les différentes évolutions règlementaires plus contraignantes qui auront à terme un impact sur les coûts de couverture de risques assurances ;
  • le besoin d’informations accru des consommateurs ;
  • des étiquettes de plus en plus utilisées comme support de communication par les services marketing.

L’étiquette permet de dissocier la fabrication de l’emballage — dont le coût est lié à la loi des grandes séries — de la mise en œuvre de stratégies de traçabilité sécurisée. Ces stratégies doivent s’adapter à des contextes différents selon les produits, les continents, les réglementations, les réseaux de distribution… Le choix d’un système de protection robuste à base d’étiquettes permet aussi aux fabricants de ne pas modifier son outil de production existant, mais surtout de garder le contrôle de ses sous-traitants concernant la confidentialité des solutions retenues. »

Certes, la visibilité de l’étiquette peut la rendre vulnérable à la dégradation, voire même à une destruction malveillante de trafiquants. « Cependant, estime Patrick Deschamps, il y a mille et une façons d’y remédier en multipliant les protections ou en faisant en sorte que la détérioration de l’étiquette conduise à l’impossibilité d’utiliser le produit correctement. Notre démarche est justement de proposer des solutions sur-mesure, adaptées à chaque client et avec des évolutions régulières. »

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Deux métiers basés sur la connaissance et le savoir-faire

La valeur ajoutée de Gen’étiq, son savoir-faire, réside dans sa capacité à construire avec beaucoup de réactivité des solutions industrielles de marquages authentifiantes, en mettant toujours le client au cœur de ses préoccupations.

Possédant un réel savoir-faire en terme d’identification (une traçabilité adaptée et exploitable), de scellage (des témoins d'effraction), d’authentification (pour lutter contre la contrefaçon), Gen’étiq travaille avec des sociétés multinationales dont les cahiers des charges sont de plus en plus exigeants et évolutifs.

Pour cela, l’entreprise conjugue deux activités : d’une part, la recherche appliquée, pour la mise au point de procédés originaux et ;d’autre part, l’ingénierie de production qui implique la configuration de machines de fabrication spécifiques.

« En 20 ans, nous avons considérablement augmenté notre arsenal technologique. Nous maîtrisons aujourd’hui une trentaine de technologies contre une douzaine à nos débuts ; ce qui permet de réaliser des étiquettes plus robustes et plus sophistiquées pour le même prix, »  constate avec satisfaction Patrick Deschamps.

Gen’étiq consacre 13 % de son chiffre d’affaires à la R&D, valorisée au titre du Crédit Impôts Recherche (CIR). Elle est aussi l’un des 6 partenaires du programme de recherche « Électronique Imprimée Pour les Imprimeurs Transformateurs (EIPIT) » (de 4 M€ HT sur 3 ans) pilotés par le Centre Technique du Papier de Douais et l’Institut de Développement et d’Expertise du Plurimédia (IDEP). Gen’étiq espère ainsi imprimer directement sur ses étiquettes des composants RFID ou des tags NFC. Ce qui permettra de transformer une banale boîte en un emballage intelligent (smart packaging).

« En misant sur l’innovation permanente, nous avons considérablement développé nos connaissances et nos savoir-faire. C’est un capital immatériel unique que nous valorisons et capitalisons à l’aide d’un logiciel de gestion des connaissances, »  précise Patrick Deschamps. Pour autant l’entreprise n’a déposé aucun brevet. Le principe de la propriété industrielle étant la publication, l’entreprise lui préfère la culture du secret.

Gen’étiq espère ainsi garder une longueur d’avance face à la concurrence, très jalouse de sa créativité, de son indépendance et de son autonomie.

Deux investissements importants en 2016

« En maîtrisant directement 80 % de la formulation des encres et 90 % des adhésifs que nous utilisons — au total 17 sortes de colles différentes sans compter les mélanges — nous sommes capables de répondre rapidement à la demande. En moyenne, une première solution peut être proposée en une dizaine de jours. Un délai moyen que nous avons fortement réduit en 20 ans, » constate Patrick Deschamps.

Cette année, Gen’étiq a conçu une petite machine de prototypage rapide. Elle permet d’effectuer des tests et de faire des mises au point sur de petites séries de 1 000 étiquettes.

Aujourd’hui, il est courant qu’une étiquette de sécurité intègre 5 fonctions différentes, contre une seule il y a 20 ans. On peut ainsi intégrer à une étiquette une puce RFID, en choisissant son antenne, sa fréquence, sa mémoire, sa colle, son frontal… Gen’étiq a aussi conçu des étiquettes spécifiques qui sont : réactive à l’eau, détectable aux rayons X, visible dans la nuit…

En parallèle, Gen’étiq a investi dans une nouvelle machine de production haute performance. Comparable à une rotative d’impression, celle-ci est composée de différents modules dont chacun a pour rôle de déposer sur un support une couche de quelques microns qui apporte à l’étiquette une fonction particulière. En un seul passage, cette machine peut déposer jusqu’à 9 couches de colle différentes et gérer jusqu’à 24 couleurs. Sa vitesse de production peut atteindre les 100 mètres par minute, ce qui permet de produire 88 millions d’étiquettes par jour ! Chacune étant dotée d’une signature différente.

Bien entendu, ces gains de productivité bénéficient au client. « Pour l’un de nos plus anciens clients, nous avons multiplié la production par huit, pour un prix global qui est resté le même tout au long de ces années, » déclare Patrick Deschamps. <

Philippe Collier