Technologies

Les défis de la traçabilité du commerce des vins en vrac

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Technologies

Le transport de vin en vrac offre de multiples opportunités de fraude pour les trafiquants (notamment par des coupages ou des assemblages non déclarés) car les risques de rupture dans la chaîne d’information de la traçabilité sont importants.

C’est pourquoi, l’Organisation internationale de la Vigne et du Vin (OIV) — celle-ci réunit 46 États membres (sans les USA ?) qui réalisent 80% de la production mondiale de vin —  a défini un guide de bonnes pratiques et plusieurs normes internationales pour spécifier les critères d’une traçabilité fiable et efficace de la vigne au verre.

Le marché des vins en vrac est très concentré puisque seulement sept pays représentent 85 % des exportations. 

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Mais avec de grandes disparités selon les pays. Ainsi, l’Espagne et l’Australie exportent 55 % de leur production en vrac, contre seulement 27 % pour l’Italie et 17 % pour la France dont les vins de meilleure qualité sont exportés embouteillés.

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Selon, Jean-Claude RUF, coordinateur scientifique de l’OIV, « le champ d’application du guide des bonnes pratiques, qui s’applique au transport du vin en vrac, contient les prescriptions minimales à respecter afin de garantir une propreté acceptable et l’absence de tout défaut ou contaminant risquant de porter atteinte aux caractéristiques ou à la qualité du vin transporté, et notamment à son authenticité.

Ce guide s’adresse aux fournisseurs et acheteurs, d’une part, et les transitaires et armateurs, d’autre part. L’ensemble des pratiques proposées — sous réserve de leur conformité aux réglementations applicables — ont fait leurs preuves et, appliquées convenablement, elles contribuent au maintien de la qualité et à la garantie de l'authenticité du vin durant le transport. »

Les trois normes internationales de l’OIV

Codex Alimentarius : capacité à suivre le mouvement d’une denrée alimentaire à travers une (des) étape(s) spécifiée(s) de la production, de la transformation et de la distribution. CAC/GL 60-2006 ;

ISO 9000:2005 : aptitude à retrouver l’historique, la mise en œuvre ou l’emplacement de ce qui est examiné ;

OIV (OIV-CST 1-2007) : la traçabilité dans le secteur vitivinicole est définie comme l'aptitude à suivre et tracer un produit vitivinicole à travers tous les stades nécessaires de production, d’élaboration et de distribution au moyen d'informations consignées.

L’OIV établit des normes pour tous les produits dérivés de la vigne (raisins, le vin, les spiritueux). Cela inclut :

  • La définition des produits et leurs spécifications ;
  • Les pratiques œnologiques ;
  • Les méthodes d'analyse ;
  • Les règles d’étiquetage.

Car il ne faut pas être naïf, il ne suffit pas d’établir des règles si l’on ne se donne pas les moyens de les contrôler et de les faire appliquer. De ce point de vue la traçabilité vise au moins quatre objectifs  :

  • De sécurité sanitaire : retrait, rappel, plan de maîtrise sanitaire, HACCP
  • De preuve juridique : preuve en cas de voie pénale ou civile, validation des AOP, IGP, produits Bio, etc...
  • De maîtrise et d’amélioration des processus
  • De bénéfices économiques : réduction des coûts de rappel, rationalisation des processus, optimisation de la gestion des stocks, vecteur de communication…

C’est ainsi que l’OIV  élabore et mets au point des normes analytiques qui permettent d’établir, à partir d’éléments de traces fiables l’origine et l’authenticité d’un vin : rapport isotopique, alcalino-terreux… Des méthodes qui sont biens connues des laboratoires douaniers.

Nous savons, en particulier, qu’une partie des oligo-éléments est peu affectée par les facteurs technologiques de transformation — notamment les métaux alcalino-terreux, comme le strontium mais aussi le lithium et le rubidium — sont des éléments très pertinents pour authentifier l'origine géographique d’un vin. 

En revanche, les macro et micronutriments subissent de grands changements au cours du processus technologique, mais ils pourraient être utiles pour authentifier les raisins et les moûts.

Dans tous les cas souligne Jean-Claude RUF, « pour être efficiente, l’intégration du digital tout au long de la chaîne d’approvisionnement du vin nécessite une gouvernance accrue et une exigence de qualité de tous les acteurs. »

Philippe Collier

www.oiv.int

 Nota : article réalisé à partir de l'intervention de JC Ruf lors de la conférence "Le vin à l'heure du digital: quelles opportunités pour la filière ?" organisée par GS1 France le 27 janvier 2016 à Paris.

 
Télécharger le dernier numéro de la lettre "Le chiffre du commerce extérieur"  (N°64 - mars 2016) consacré au "Faible positionnement de la France sur le segment des vins en vrac".