Technologies

L’Internet des objets : l’arme ultime contre la fraude et la contrefaçon ?

Écrit par CR66 le . Rubrique: Technologies

L’internet des objets, dont on parle depuis longtemps, est enfin sur le point de devenir une réalité. Les questions essentielles relatives à sa mise en œuvre imminentes étaient au menu de l’Assemblée générale de GS1 — l’organisation mondiale de standardisation des échanges entre les entreprises — qui s’est tenue à Paris du 16 au 19 mai 2011. 77 des 108 pays membres de GS1 étaient représentés à cette importante réunion.

Les participants ont abordé les questions préalables de standard et d’interopérabilité nécessaires au fonctionnement de l’Internet des objets.
Comme l’explique Pierre Georget, directeur général de GS1 France, « tout repose sur l’attribution d’un identifiant unique à chaque objet. Identifiant dont il faut garantir l’origine, l’unicité et la validité à travers le monde et dans les différents secteurs. Ce n’est pas une mince affaire que de normaliser ce processus d’attribution et de gestion d’autant que le monde des marchandises de grande consommation, (celui de GS1 et du code à barres), doit aussi être capable de communiquer avec les autres univers professionnels, comme les secteurs de l’automobile, de la santé ou de la défense qui utilisent des systèmes de codification spécifiques. »

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Cet identifiant unique fera aussi office de nom de domaine, ce qui permettra d’interroger le produit et d’obtenir, sous certaines conditions, toutes sortes d’informations qui pourront servir aussi bien aux partenaires B2B amonts (fournisseurs) ou avals (transporteurs et distributeurs, réparateurs) de l’entreprise, qu’à faciliter les choix du consommateur final.

Pour Bertrand de Senneville, co-président de GS1 France, « ce qui compte de garantir c’est la loyauté de l’information diffusée auprès des consommateurs. Celle-ci devra être certifiée et qualifiée par le détenteur de la marque. Selon une étude de Cap Gemini, la moitié du retail aux Etats-Unis est déjà fortement influencé par l’information diffusée sur Internet et 37 % des consommateurs déclarent qu’ils abandonneront les sites de ventes s’ils contiennent des informations erronées dans lesquelles ils ne peuvent pas avoir confiance. »

L’aspect confiance dans l’information sur le produit (notamment sur sa composition, ses qualités nutritionnelles, ses risques allergènes, son impact sur l’environnement ( bilan carbone)…), sont autant d’éléments de comparaisons essentiels pour le consommateur. De même, la possibilité de certifier l’authenticité de l’origine du produit, comme celle de pouvoir retracer sa vie sont des attentes importantes en faveur de l’Internet des Objets, dans la mesure où ces informations contribuent à lutter contre la fraude et la contrefaçon.

GS1 a développé plusieurs opérations pilotes qui permettent notamment d’accéder à ces informations à partir d’un smartphone (application CodeOnline ou le service Proxi-Produit sélectionné dans le cadre du projet Proxima Mobile), de vérifier l’authenticité d’un produit (plate-forme EstCeAuthentiques), ou encore de suivre une marchandise de l’usine au point de vente (standard EPCIS - Electronic Product Code Information Services)

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À l’occasion de son assemblée générale GS1 a notamment fait la démonstration de l’application WINGS qui, dans la continuité du programme européen eTrace — piloté par la société norvégienne Trace Tracker AS* — permet de suivre les produits de la pêche du lieu d’élevage au lieu de vente. L’exemple présentait notamment le cas d’un saumon Norvégien, transformé en Pologne, envoyé en France et vendu à Bruxelles. Pour chaque paquet vendu, un code/URL permet de suivre la vie du produit, son parcours et même de retrouver l’alimentation du poisson. Un producteur aurait même augmenté sensiblement ses ventes en reproduisant sur l’emballage la carte du parcours du poisson démontrant ainsi que les consommateurs sont particulièrement sensibles à la proximité de l’origine du produit.

Ce type d’application brasse une grande quantité d’informations. Mais celle-ci n’est jamais centralisée. Elle reste détenue dans l’entreprise ou l’évènement s’est produit. Ce n’est qu’au moment de la requête que l’historique des évènements est reconstitué. Autant dire que, pour la douane et les services en charge de la lutte contre la contrefaçon et la fraude, l’Internet des Objets représente le nec plus ultra. Même si certaines craintes relatives au respect de la vie privée doivent encore être levées, par l’Europe et la CNIL en France, cette évolution semble inéluctable tant elle est porteuse d’efficacité, d’innovation et de valeur ajoutée nouvelles. <

Philippe Collier

Mise à jour

* Trace Tracker AS a été reprise à 100 %, le 1er août 2017, par la société norvégienne  Brødrene Kverneland AS (BK).