La fiabilité de la traçabilité et des contrôles alimentaires mise en cause

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Sécurité des consommateurs

Ce sont les contrôles internes de la société suédoise de produits surgelés Findus qui ont permis de découvrir la tromperie.  Selon Matthieu Lambeaux le directeur général de Findus France, sa société serait l’une des rares dans le secteur agroalimentaire à effectuer des tests ADN pour certifier l’origine  et la qualité de ses approvisionnements auprès des sous-traitants.

C’est ainsi que la société a donné l’alerte, le 4 février, en constatant que trois références de ses plats cuisinés (Lasagnes bolognaises, Moussaka et Hachis parmentier) contenaient une certaine proportion de viande de cheval au lieu des 100 % de viande de bœuf annoncés.

Une tromperie qui remonterait à six mois, selon Comigel, dont l’usine luxembourgeoise, fabrique 17 000 tonnes de produits surgelés par an pour Findus, mais aussi d’autres marques et des marques de distributeurs. L’entreprise se déclare victime d’une malversation frauduleuse, comme Findus qui  va déposer aujourd’hui une plaine contre X. « On nous certifiait avoir de la viande de bœuf française dans nos recettes. En réalité on nous a fournis de la viande de cheval roumaine. Nous avons été trompés. »

Une hypothèse plus que probable lorsque l’on découvre l’incroyable complexité de la chaîne d’approvisionnement de la viande.

En effet, le fournisseur de Comigel est la société Spanghero (du groupe français Poujol). Selon un communiqué de Benoît Hamon, ministre de la consommation, « cette société a acquis la viande surgelée auprès d’un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas, ce dernier s’étant fourni auprès d'un abattoir et d'un atelier de découpe situés en Roumanie. »

Le plus curieux selon le DG de Findus France est que la société Spanghero garantie sur son étiquetage qu’il s’agit d’une viande 100 % française et pur bœuf !

En France, le service national d’enquête (SNE) de la DGCCRF doit déterminer, si la tromperie, sur la nature de la viande utilisée, relève d’une ou plusieurs négligences ou s’il y a une volonté manifeste d’enfreindre la réglementation pour un profit financier. Selon Benoît Hamon « cette opération relève avant tout d’une logique financière qui aurait rapporté plus de 300 000 € ».

La DGCCRF a pris contact avec ses homologues aux Pays-Bas et en Roumanie pour déterminer le stade auquel la fraude ou l’erreur de gestion des viandes doit être imputée.
Le réseau d’alerte européen, animé par la direction générale « santé-consommateurs » de la Commission européenne,  a été aussi activé.

Les contrevenants encourent une sanction financière, relativement modeste, pouvant aller jusqu’à la moitié du bénéfice réalisé, en cas de pratiques commerciales trompeuses, voire une sanction pénale en cas de délit pouvant aller jusqu’à une peine de 2 ans de prison et 37 500 € d’amende.
Les résultats des prélèvements effectués par la DGCCRF devraient être disponibles au milieu de cette semaine.

Les solutions existent

Fort heureusement cette affaire, non pas de contrefaçon mais de non-conformité, serait, jusqu’à preuve du contraire, sans conséquences sanitaires pour les consommateurs. Elle est toutefois révélatrice de la nécessité d’instaurer, au-delà d’un étiquetage fiable, un contrôle systématique de la conformité des produits par une traçabilité et une authentification incontestables des informations.

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Ce que GS1 France a déjà montré comme possible dans le domaine de la pêche, avec la démonstration du projet WINGS qui, dans la continuité du programme européen eTrace, permet de suivre les produits de la pêche du lieu d’élevage au lieu de vente. La démonstration présentait, en mai 2011, notamment le cas d’un saumon Norvégien, transformé en Pologne, envoyé en France et vendu à Bruxelles. Pour chaque paquet vendu, un code/URL permet de suivre la vie du produit, son parcours et même de retrouver l’alimentation du poisson.  (lire article)

Déplorons néanmoins, que ces dernières années, la France a eu tendance à réduire les moyens de son Service commun des laboratoires (SCL) qui dépend à la fois de la Douane et de la DGCCRF.

Ph. Collier