Le livre qui dérange

Écrit par CR33 le . Rubrique: Publications

« La contrefaçon un crime organisé » de Pierre Delval et Guy Zilberstein dresse un bilan inquiétant des contrefaçons qui menacent la santé et la sécurité des consommateurs dans neuf secteurs industriels - Réagissons.

 

livre-Delval-Zilberste_fmtLe mérite de ce livre est d’apporter un éclairage cru sur une réalité encore largement sous-estimée et ignorée du grand public. L’ouvrage offre une bonne synthèse et un constat sans concession des contrefaçons qui, de par le monde, tuent des centaines de milliers de personnes et contre lesquelles les mesures prises jusqu’à présent sont encore bien lacunaires et inefficaces. Les auteurs, qui ne pratiquent pas la langue de bois, passent successivement en revue les secteurs du jouet, des pièces de rechange automobiles, de l’avionique, des vins et spiritueux, du tabac, des médicaments, de l’agroalimentaire, des parfums et cosmétiques et des équipements électriques domestiques.

Si certains chapitres sont essentiellement le fruit de compilation d’informations déjà publiées*, d’autres comme sur les pièces de rechanges, les médicaments et surtout les vins et les spiritueux apportent des éléments nouveaux et inédits qui vont bien au delà des rapports officiels habituels.

> Règlement de compte

Les faits rapportés sont parfois si effrayants que le lecteur non averti se demandera si les auteurs n’en font pas un peu trop. Les abonnés de Contrefaçon Riposte seront certainement moins surpris d’autant qu’ils connaissent bien Pierre Delval. Nous avons publié plusieurs articles ou interviews de ce criminologue qui, de 2004 à 2006, a conduit en France une mission approfondie sur la définition d’une politique de prévention et de dissuasion techniques anti-contrefaçon. Faut-il rappeler, que cette mission innovante, dont nous avons largement rendu compte, avait été confiée par Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, à l’Imprimerie nationale. Le fait le plus surprenant étant, qu’après un long travail de concertation avec les fédérations professionnelles, cette mission, dont le sujet reste d’actualité, a finalement accouché d’une souris. Depuis, Pierre Delval a rejoint la société suisse Sicpa pour mettre en oeuvre ses préconisations ; nous y reviendrons.

Rappelons que ces recommandations normatives, pourtant très concrètes et opérationnelles, avaient été finalement rejetées par plusieurs puissants lobbies industriels et quelques fournisseurs de solutions techniques craignant d’être évincés du processus.

Sur ce point le livre est particulièrement intéressant, il contribue à éclairer la controverse autour du document normatif ACZ60100 et les comportements ambigus de certains secteurs industriels. On comprendra notamment comment le manque de transparence et le corporatisme français peuvent faire obstacle à la mise en place d’une politique globale et cohérente de lutte contre le « crime contrefaçon». La lutte contre la contrefaçon étant perçue par certains, «non pas comme moyen de protéger les consommateurs, mais comme outil de protection des marchés commerciaux », voilà qui est dit.

Cette partie fait référence à la lutte que se livrent le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) et les équipementiers réunis au sein de la FIEV pour se partager le marché très lucratifs des pièces détachées.

On y apprendra aussi qu’en France les vins et spiritueux ne sont pas considérés comme des produits alimentaires. Ce qui curieusement permet à ce secteur de s’exonérer des contraintes très strictes de traçabilité imposées aux produits alimentaires par la Commission européenne...

> Un enjeu de société

Sachant que dans le monde, pas moins de 60 pays n’ont pas de législation sur la propriété intellectuelle, ce n’est pas uniquement en l’invoquant que l’on viendra à bout de l’expansion phénoménale des contrefaçons qui tuent. Il s’agit bien de combattre des réseaux criminels et mafieux dont les profits sont considérables. Les hommes politiques commencent seulement à prendre la mesure des dangers induits par les excès d’une mondialisation aveugle et naïve. Si l’ouverture des marchés et certaines déréglementations stimulent la concurrence, cette dernière ne doit pas s’obtenir au détriment de la santé et de la sécurité des consommateurs. Les moyens d’action existent, mais le manque d’harmonisation des mesures pénales, même en Europe, laisse encore trop d’échappatoires aux trafiquants. <

Ph. C.

* À ce propos regrettons que l’ouvrage ne cite pas systématiquement ses sources surtout quand il reprend des articles de presse ou des travaux académiques.

 

« La contrefaçon : un crime organisé ».

par Pierre Delval, Guy zilberstein

Jean-Claude Gawsewitch Éditeur - avril 2008 - 192 pages -prix 16,90 euros.