Flux et trafics illicites Europe du Sud-Maghreb : perspective géopolitique et criminologique

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Publications

La revue Sécurité Globale publie une étude originale de deux universitaires, le Dr Hanane BENYAGOUB, maître de conférences  à l’Université Alger 1,  et de Xavier RAUFER, criminologue, intitulée « Flux et trafics illicites Europe du Sud - Maghreb : perspective géopolitique et criminologique ».

Celle-ci est particulièrement intéressante, car elle donne à voir la façon dont les trafics illicites s’organisent sur le terrain. Autant les informations abondent sur les saisies effectuées par les administrations douanières (le haut de l’iceberg) autant peu de choses transpirent sur l’amont, les filières, les routes empruntées, les volumes en jeu, leurs reconfigurations permanentes, leurs organisations ethniques, leurs motivations business ou religieuse, leurs liens avec le crime organisé et les mouvements terroristes…

« Pour être utile, une telle étude doit viser à l’originalité et accéder à la dimension stratégique. Elle doit négliger ce qui est bien connu, stable, durable et visible. Elle doit se concentrer sur ce qu’on voit mal, ce qu’on tend à négliger ; sur ce qu’on peine à détecter et comprendre à temps », revendiquent les auteurs en introduction.

« La présente étude porte sur une zone géographique donnée - l’Europe du Sud, le Maghreb et au-delà, la région du Sahel - mais il faut bien voir, et voir préalablement que cette zone, quoiqu’immense, n’est qu’un maillon d’une chaîne de trafics en tout genre, à proprement parler transcontinentale, puis qu’elle va de Hongkong et Guangzhou à l’est, au Golfe de Guinée à l’ouest, via l’Asie centrale, la mer Noire, le Golfe, l’Anatolie et les Balkans.

C’est une immense route de commerce « gris » (objets licites vendus en contrebande, tabac, petit électronique, etc.) et « noir » (stupéfiants, trafics d’êtres humains, etc.) à la fois; une chaîne continue existant parfois depuis des siècles (« Route des Sultans » « Route des Balkans » Route du « Trabendo ») dont les éléments humains inextricablement mêlés sont contrebandiers, bandits, proxénètes, islamistes - séparément ou ensemble (les « hybrides »).

Toute une faune mal connue des États comme des Organisations non gouvernementales (ONG), car la plupart de ces commerçants et contrebandiers (pourtant des dizaines de milliers au minimum):
• ne sont pas des migrants définitifs, ils voyagent d’usage sous visas de tourisme donc sont peu ou pas repérés par les services de sécurité, notamment de la « Zone Schengen » de l’Union européenne,
• ne sont pas pauvres ni affamés, donc inexistants pour les ONG.
Bien plus tôt, ils sont noyés et souvent invisibles dans les flux migratoires et touristiques. » <

Télécharger l’article avec l’aimable autorisation des auteurs  : « Flux et trafics illicites Europe du Sud-Maghreb : perspective géopolitique et criminologique »

Source : Sécurité globale (Editions ESKA) n°17 - printemps 2019