Malte plaque tournante de la contrebande de pétrole libyen

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Publications

Couv-Financial-Afrik-N60-juin2019Ce mois-ci, Pierre Delval, le président de WAITO*, consacre sa chronique mensuelle dans le magazine Financial Afrik, à la contrebande de pétrole, en préconisant notamment l’utilisation par les États d’un marquage d’autorité pour enrayer ce fléau.
Il révèle aussi comment un État européen, en l’occurrence Malte, est impliqué dans le blanchiment des revenus considérables générés par les mafias et les groupes armés non étatiques dans la contrebande du pétrole libyen.

(…) « En septembre 2018, un rapport émanant d’observateurs en Libye venait d’être déposé au Conseil de sécurité des Nations Unies, décrivant en détail les activités illégales sur zone, et tout particulièrement au large de Malte. Ces observateurs décrivaient en
autre six tentatives d’exportation illicite du pétrole brut par la branche Est, rivale de la National Oil Corporation (NOC). » (…)

« Ce rapport expliquait notamment que les navires impliqués dans ce trafic avaient l’habitude de naviguer au sud de Malte vers le golfe de Gabès, au large des côtes tunisiennes. Les contrebandiers se rendaient alors invisibles aux radars à environ une centaine de kilomètres de la côte tunisienne, en débranchant leur mouchard électronique (SIA). Ils se dirigeaient ensuite vers l’est, pour atteindre le port libyen de Zouara, à 60 kilomètres de la Tunisie. Dès les navires chargés, les bateaux acheminaient la précieuse marchandise aux abords de Malte pour la transborder sur des tankers battant pavillon maltais. Les autorités locales, peu regardantes, délivraient alors des certificats de complaisance, en modifiant les indications d’origine de la marchandise. Le pétrole libyen devenait le plus souvent saoudien, pour être revendu à des compagnies italiennes. Ces carburants auraient été ainsi retrouvés à la vente à Venise et à Civitavecchia, port italien qui dessert la Corse et la Sardaigne.

Les enquêtes menées par les forces de l’ordre italiennes et les arrestations qui s’en étaient suivies avaient fait cesser temporairement ce type de contrebande dans la région. Plusieurs mois plus tard, les activités frauduleuses reprenaient de plus belle avec d’autres itinéraires et modes opératoires. En 2017 et 2018, Malte était ainsi devenue la plaque tournante de la contrebande de pétrole libyen. Ce trafic juteux avait généré un chiffre d’affaires de quatre milliards d’euros en Italie dont les premiers bénéficiaires étaient les mafias locales, et plus largement le crime organisé européen ». <

WAITO  : World Anti-Illicit Trade Organisation