Wine Track s’impose comme le rendez-vous scientifique de l’expertise sur l’origine des vins

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Manifestations

WT2017-PauPour sa 5° édition qui s’est tenue le 9 novembre 2017 à Pau, la Journée scientifique et professionnelle Wine Track, coorganisée par la Société des experts chimistes de France (SECF) et l’Institut des sciences analytiques et physico-chimie pour l’environnement et les matériaux (IPREM) a confirmé son rôle de passerelle entre la recherche et les acteurs de la filière vitivinicole pour améliorer la traçabilité et l’authentification des vins. La prochaine édition 2018 se tiendra à Porto (Portugal) le 26 octobre 2018.

La manifestation, introduite par Jean-Pierre Dal Pont, président de la SECF et le vice-président de l’Université de Pau, a réuni une centaine de personnes (chercheurs universitaires, fournisseurs d’équipement d’analyse et de solutions de traçabilité, laboratoires, œnologues, associations de producteurs, négociants…).

La matinée a été consacrée aux grandes questions, telles que le réchauffement climatique et la transformation numérique, qui affectent la production et la distribution des vins dans un marché mondialisé. Sachant que la fiabilité de la « supply chain » dépend de plus en plus des progrès et des développements  des méthodes et techniques analytiques.

Ainsi pour Jean-Claude RUF, de l’Organisation internationale  de la vigne et du vin (OIV), le commerce du vin se porte bien, et une remontée de la consommation s'amorce alors que la Chine a augmenté considérablement sa production. Une traçabilité fine de la production des vins au niveau mondial est donc plus que jamais nécessaire.

Par ailleurs, le point le plus préoccupant est sans doute l’impact du réchauffement climatique sur la vigne et en particulier les vins du grand Sud-Ouest (Jurançon et de Madiran). Pour Francis GROUSSET, EPOC, Université de Bordeaux, une récente conférence sur le sujet prédit la remontée des vignobles de plaine dans les montagnes vers 1 000 m dans moins d'un siècle.

De son côté, Marc DUBERNET, Expert œnologue auprès des tribunaux, s’inquiète de l’impact du progrès scientifique sur les pratiques judiciaires. Alors que l’expertise œnologique doit mettre en exergue la règle du contradictoire, certaines méthodes de  traçabilité ou d’authentification sont difficilement accessibles aux parties et peuvent fausser cet équilibre notamment quand elles ont recours à des bases de données (RMN, SMRI, méthodes isotopiques et mathématiques).

Paul BOUNAUD de GS1 France et André BORDENAVE, Domaine Bordenave, ont présenté les atouts de la « traçabilité collaborative au cœur de la transformation numérique de la chaîne de valeur ». L'exemple de la traçabilité et de la « Block Chain » en utilisant le code barre ou le QR code est un atout tout au long de la chaîne de valeur ; le témoignage d'un viticulteur du Jurançon utilisant cette technologie a permis de se rendre compte de façon concrète de ses avantages.

L’après-midi a fait l’objet de présentations plus techniques portant notamment sur le « Wine Screener » espagnol, la traçabilité contenu/contenant ou encore de nouvelles méthodes d’analyse non conventionnelles.

Faisant suite à la présentation qui avait été faite à Logroño (Espagne) au Wine Track 2016, Monserrat INGUES CRESPO, du laboratoire de contrôle du gouvernement de la Rioja (Haro-Espagne) a présenté les résultats du « Wine Screener » en condition de contrôle. La base de données propre aux vins de la Rioja est très avancée et permet un contrôle et des analyses d'une grande facilité. Un inconvénient serait dû au fait que les résultats ne sont interprétés que par la société Bruker, propriétaire de la technique.

Pierre LARKIN, de la société Advanced Track & Trace (ATT) a présenté un projet de recherche commun doté d’un financement public FUI (Fonds Unique d'Investissement) et dont ATT assure la maîtrise d’œuvre. L’objectif est d'intégrer des données de composition (emballage et contenant) dans les codes qui accompagnent les produits ; ce projet réunit de nombreux partenaires de la chimie analytique (IPREM, CNRS), des lasers (LASEA), de l'instrumentation analytique (SYMALAB), de l'intégration (Amplitude Systèmes) et du conseil scientifique (BM conseil).

Christophe PECHEYRAN et Nagore GRIJALBA du LCABIE-IPREM - UMR 5254 , Université de Pau et des Pays de l’Adour/CNRS, Plateforme PAMAL, ont exposé les atouts des lasers femtosecondes notamment pour mettre en évidence, en quelques minutes, des contrefaçons grâce à l’analyse chimique du packaging (verre, étiquette, encres, capsule) par ablation laser ICP-MS *.

Ces outils sont un apport essentiel au dosage des éléments minéraux (presque tous !) sur de minuscules surfaces solides et quasiment invisibles à l'œil nu (quelques microns). Le laser femtoseconde couplé à l'ICP-MS a été utilisé pour caractériser le verre des bouteilles de vin et permettre d'authentifier des échantillons de grande valeur.

Olivier F.X. DONARD, de MARSS-IPREM UMR CNRS 5254, Université de Pau et des Pays de l’Adour, a traité de la « Combinaison de systèmes isotopiques non traditionnels pour l'authentification "Haute Résolution" des origines des crus viticoles : vers l’analyse du contenu ». L'utilisation de l'ICP-MS haute résolution permet de caractériser les isotopes du Sr et du Pb de façon très précise. Jointes à d'autres déterminations isotopiques également très difficiles (Hg, Fe), ces analyses ultra-fines permettent de caractériser les vins à un niveau encore jamais atteint (niveau de la parcelle de vigne) et constituent un formidable outil de caractérisation et partant de lutte contre la contrefaçon. Ces transferts d’innovations ont conduit à la création à Pau de AIA (Advance Isotopic Analysis) société de droit français à capital anglais (une des premières conséquences du Brexit !).

Enfin, Véronique VACCHINA, Ultra Traces Analyses Aquitaine (UT2A), a présenté le potentiel des analyses de spéciation pour la discrimination de l'origine des vins rouge.  L'apport de la spéciation pour l'analyse des métaux est très pertinent, surtout pour les éléments potentiellement toxiques comme l'arsenic, le plomb, le mercure, l'étain. Cela est moins évident pour la caractérisation de l'origine des vins, mais reste cependant une option séduisante quand une base de données plus étendue sera disponible.

Au-delà, des exposés les participants ont pu échanger avec les exposants et déguster les vins locaux de Jurançon et de Madiran. Rendez-vous au Portugal pour la 6° édition de Wine Track 2018. Celle-ci sera coorganisée par l’ALABE (Associação dos Laboratórios de Enologia) et la SECF. <

 

* La spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif, ou ICP-MS (en anglais : Inductively Coupled Plasma Mass Spectrometry), est un type de spectrométrie de masse capable de détecter les métaux et plusieurs non-métaux à des concentrations très faibles. (selon Wikipedia).