Interview de Patrick Deschamps / Fondateur et gérant de Gen’Etiq

Écrit par CR21 le . Rubrique: Interviews

« Nous tentons de résoudre la quadrature du cercle »

Contrefaçon Riposte : Votre entreprise développe des solutions innovantes de marquage et des scellés antieffraction. Vous vous définissez comme « un inventeur d’étiquettes ». Est-ce un métier reconnu ?

CR21-P-Deschamps3_fmtPatrick Deschamps : Lorsque j’ai créé Gen’Etiq, en 1997, les étiquettes de marquage étaient considérées comme des produits standard et bas de gamme. Aujourd’hui, elles sont devenues des produits high tech très sophistiqués par les technologies mises en œuvre. Car une étiquette d’authentification doit être à la fois un produit unique, c’est-à-dire non reproductible et infalsifiable, mais aussi antieffraction et personnalisable, tout en restant très économique et facile à intégrer dans le processus de fabrication. Répondre à la demande, c’est un peu comme tenter, à chaque fois, de résoudre la quadrature du cercle. C’est pourquoi nous concevons nos propres machines de fabrication et réalisons toutes les phases de production, même l’enduction d’adhésif. Nous avons déposé trois brevets et deux marques, et nous enregistrons très souvent des droits d’auteur.

Contrefaçon Riposte : Comment évolue la demande des entreprises en matière de protection anti-contrefaçon ?

Patrick Deschamps : Schématiquement – car, en réalité, chaque cas est différent –, nous sommes confrontés à deux types de demande : d’une part, celle des produits de haute technologie, dont le label « Made in France » reste un critère de fiabilité encore très apprécié dans le monde. Dans ce cas, nous sommes sollicités pour garantir leur authentification, en particulier chez les distributeurs implantés dans les pays à bas coût. Nos solutions concernent toutes sortes de produits, des pièces industrielles de sécurité mais aussi, par exemple, des panneaux solaires ; d’autre part, une demande pour des solutions de traçabilité et d’authentification émane de marques qui souhaitent garantir l’originalité de leurs produits au sein d’un réseau de franchisés.

Contrefaçon Riposte : Les réseaux de distribution ne perçoivent-ils pas ces technologies comme un signe de défiance à leur égard ?

Patrick Deschamps : J’ai pu constater que ce sont les clients, les utilisateurs qui demandent à leurs fournisseurs de les rassurer sur la provenance des produits qu’ils achètent. La demande part donc du terrain. Certes, les marques ne veulent pas distribuer de mauvais produits dans leurs réseaux, mais elles rechignent toujours à en payer le prix, s’il n’y a pas une pression du client final.

Contrefaçon Riposte : Mais les contrefacteurs ont bien compris, depuis longtemps, que le consommateur pouvait se laisser abuser par des imitations de marquage, comme des faux hologrammes.

Patrick Deschamps : Il y a effectivement un vrai défi technologique, car les solutions doivent intégrer plusieurs niveaux de sécurité : une numérotation unique de chaque produit et non plus seulement une traçabilité par lot, comme cela se pratique encore beaucoup ; une sécurisation du marquage par des technologies originales, personnalisées au nom du client et technologiquement pointues. Il s’agit de répondre aux besoins des autorités de contrôle et des inspecteurs de la marque, mais tout ceci n’a d’intérêt que si l’utilisateur, l’acheteur final dispose lui aussi d’éléments facilement reconnaissables qui le renseignent sur l’authenticité du produit.