Interview de Frédéric Beaulieu : « Les Salons professionnels doivent exclure les contrefacteurs »

Écrit par CR31 le . Rubrique: Interviews

CR31_F_Beaulieu_fmtFrédéric Beaulieu / Fondateur de Parfums Kaloo et Parfums Clayeux

« Certains organisateurs considèrent toujours le stand comme un espace privé, sur lequel ils ne veulent pas “faire la police”. »

Contrefaçon Riposte : Créateur et producteur d’eaux de toilette et de parfums pour enfants, vous militez activement, notamment au sein de l’Union des fabricants, pour que les contrefacteurs soient exclus des Salons professionnels. La situation est-elle si grave ? Sur quoi fondez-vous votre indignation ?

Frédéric Beaulieu : Comme beaucoup de responsables de PME, je fréquente de nombreux Salons professionnels, ce qui me donne une vision très concrète et transversale de la contrefaçon sur le terrain. En avril 2006, lors du Salon Cosmoprof de Bologne, le grand rendez-vous de l’industrie des cosmétiques et de la parfumerie, j’ai constaté que des exposants de flacons en verre, notamment indiens et polonais, proposaient des contrefaçons de flacons de grandes marques.

J’ai alerté l’organisateur sur l’impact négatif et le discrédit que cela avait sur une manifestation de référence, qui existe depuis 40 ans, et j’ai eu l’heureuse surprise d’être immédiatement pris au sérieux et écouté.

Dès l’année suivante, les responsables ont fait ce qu’il fallait faire. Avec l’aide du Centro Studi Anticontraffazione, ils ont édité un guide, « Counterfeiting at the Trade Fair? No Thank You! », et mis en place un bureau de plainte anti-contrefaçon de quatre personnes, dont l’objet est de permettre d’effectuer les premiers constats sur les stands suspects et d’enclencher un processus de règlement à l’amiable. Les pouvoirs de ce bureau sont limités, mais le point important est que les exposants ne peuvent pas refuser l’accès de leurs stands aux organisateurs du Salon.

Contrefaçon Riposte : Est-ce le seul organisateur de Salons à avoir pris de telles mesures ?

Frédéric Beaulieu : Non, mais beaucoup d’organisateurs, notamment en France, sont encore frileux et considèrent toujours le stand comme un espace privé, sur lequel ils ne peuvent rien, et ils ne veulent pas y « faire la police ».

Fort heureusement, dans le monde, la tendance est au contraire à la mise en place de dispositifs dotés de forts pouvoirs de sanction. Par exemple, cela fait vingt ans qu’en Suisse, la BaselWorld, le grand rendez-vous de la joaillerie-bijouterie, est allé beaucoup plus loin, en installant un véritable tribunal d’arbitrage, le Panel, au sein même du Salon professionnel.

Plus surprenant : même en Chine, un règlement prévoit, depuis le 1er mars 2006, l’installation d’un bureau de réception des plaintes pour contrefaçon sur toutes les expositions qui durent plus de trois jours. Il faut cependant être en mesure de justifier immédiatement de la validité de ses droits de propriété intellectuelle.

Autre exemple, en France, le Salon Intersélection-Eurovet a instauré un comité d’éthique et mis en place un espace copyright : une cellule juridique composée d’experts, d’avocats européens et d’un huissier de justice français qui est à la disposition des ayants droit pendant toute la durée du Salon. Mais beaucoup reste à faire dans la plupart des autres secteurs.

Contrefaçon Riposte : Quels sont vos objectifs à court terme pour changer la situation ?

Frédéric Beaulieu : Un petit comité fonctionne, au sein de l’Unifab, depuis le début 2007, pour rédiger un modèle de charte ou de convention que nous souhaitons faire signer au plus vite par les organisateurs professionnels de foires et de Salons. Il s’agit d’une démarche de standardisation qui doit être internationale. Il faut mettre en place une procédure simple qui permette de faciliter la résolution des litiges. Les règlements intérieurs des manifestations doivent comporter une clause sur le respect des droits de PI des exposants. Il suffit pour cela que les organisateurs mandatent des professionnels pour aller sur les stands faire des constats et recueillir les premiers éléments de preuve. Si l’exposant est de bonne foi, il retire immédiatement la marchandise litigieuse. Sinon, les éléments réunis permettront d’engager une procédure.

Nous sommes actuellement en discussion avec Foires, Salons & Congrès de France, l’organisation nationale représentative des professionnels du secteur, ainsi qu’avec l’organisation mondiale des foires et salons, l’UFI, dont le siège est à Paris. Certains responsables semblent découvrir le problème, mais nous avons de bons espoirs d’aboutir rapidement. Les Salons professionnels ne doivent plus être des vitrines pour les contrefacteurs. <

Propos recueillis par Philippe Collier