Interview de Jean-Michel Loubry : « Un document normatif Afnor vers la mi-avril »

Écrit par CR32 le . Rubrique: Interviews

Jean-Michel_Loubry_fmtJean-Michel Loubry / Responsable information du Pôle Traçabilité et Président de la Commission technologies du Cnac

Contrefaçon Riposte : Comme en témoigne le programme des Assises de la Traçabilité, qu’organise le Pôle Traçabilité début avril, ces deux dernières années votre activité s’est considérablement développée dans le domaine des applications sécuritaires. D’où vient cette évolution ?

Jean-Michel Loubry : Effectivement nous avons bâti le programme des Assises de la Traçabilité 2008 autour de deux grands enjeux : le premier classique, est celui de la traçabilité au service de la performance de l’entreprise ; le second, plus nouveau, vise à faire de la traçabilité un maillon essentiel, une garantie, de la sécurité des circuits de distribution.

Historiquement, lors de la création du Pôle en 2002, nous avons commencé par travailler sur les sujets qui intéressaient prioritairement ses fondateurs, c’est-à-dire les applications logistiques de la traçabilité, avec, en particulier, beaucoup de questions relatives à la RFID. Ces technologies radiofréquences sont susceptibles de générer des gains de productivité substantiels du fait d’une lecture des informations à distance, sans contact et sans visibilité directe.

L’intérêt d’appliquer la traçabilité à la lutte anti-contrefaçon est naturellement venu s’ajouter dès lors que tous les partenaires publics et privés se sont mobilisés : actions du Comité national anti-contrefaçon (Cnac), plan d’action gouvernemental de 2004, campagnes de sensibilisation des consommateurs, évolution législative… Tout le monde a bien conscience des risques liés à l’introduction frauduleuse ou malveillante de produits contrefaisants ou dangereux dans les réseaux de distribution.

Contrefaçon Riposte : Concrètement, quels sont les travaux effectués par le Pôle dans ce domaine spécifique ? Vous présidez aussi le groupe de travail Afnor sur le projet de normalisation des technologies anti-contrefaçon. Quel est l’objectif poursuivi et le calendrier de mise en oeuvre de cette norme ?

Jean-Michel Loubry : Ces travaux de normalisation sont fondamentaux et cohérents avec la mission du Pôle Traçabilité, à savoir, apporter des outils de diagnostic neutres et indépendants sur les technologies disponibles afin d’aider les entreprises à choisir en connaissance de cause les solutions les plus adaptées à leurs besoins. Nous avons dans un premier temps tenté un recensement et une classification de l’offre selon les niveaux de protection depuis l’identification, en passant par l’authentification et la certification. Nous estimons qu’il existe pas moins de 300( !) solutions de traçabilité anti-contrefaçon mettant en œuvre des techniques et technologies de tous types et de tous niveaux de protection. Et de nouvelles idées jaillissent assez régulièrement. !

Il est évident que cette profusion d’offres plonge actuellement les entreprises dans une certaine expectative, en particulier les PME qui n’ont ni les moyens ni les compétences pour construire des solutions propriétaires Les entreprises ont surtout du mal à en évaluer le rapport coût/performance. L’objectif de notre démarche est justement de parvenir à normaliser les critères de performance des solutions d’authentification anti-contrefaçon, sans imposer une technologie plutôt qu’une autre.

Notre groupe de travail réunit des offreurs de technologies, des utilisateurs (fédérations ou entreprises), des autorités administratives et de contrôle. Le panel de participants est assez représentatif du marché. Un document normatif provisoire devrait être présenté à l’ISO mi-avril. Il faut savoir que le CEN est aussi très actif sur ce sujet, ainsi que les États-Unis à travers l’ANSI (American national standards institute).

Contrefaçon Riposte : Vous venez aussi de prendre la présidence de l’un des cinq groupes de travail du Cnac, celui sur les solutions techniques anti-contrefaçon. Qui participe à ce groupe de travail et quels seront vos objectifs ?

Jean-Michel Loubry : Le Cnac est avant tout un lieu d’échange et de concertation. Ce groupe de travail intéresse surtout les fédérations professionnelles qui veulent bien comprendre et anticiper les apports de la norme aux les entreprises. Mon rôle sera surtout de contribuer à bien faire comprendre la démarche et l’importance pour la France d’être une force de proposition afin de ne pas subir des décisions qui seraient prises par d’autres. De plus, la France a un potentiel technologique à valoriser et des entreprises très innovantes à promouvoir dans ce domaine. <

Propos recueillis par Philippe Collier