« La lutte contre la contrefaçon doit être accessible à toutes les entreprises »

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Interviews

Photo Paul BounaudInterview de Paul BOUNAUD, chef de projet des secteurs Vins & Spiritueux et Restauration hors domicile (RHD) GS1 France.

Photo Nicolas PauvreNicolas PAUVRE, chef de projet Innovation GS1 France.

 

 La vocation de GS1, organisation internationale de standardisation dirigée par des entreprises, est de développer et promouvoir l’usage de ses standards pour l’identification unique des produits et les échanges d’information. Combien de secteurs d’activité sont particulièrement suivis par GS1 France ?

Paul BOUNAUD : GS1 anime des groupes de travail dans une vingtaine de secteurs professionnels dans le monde, dont une dizaine est actif en France notamment dans les secteurs de la santé et de la parfumerie sélective, le bâtiment/construction, les produits de grande consommation alimentaires et non alimentaires (DPH), les banques, la Restauration hors domicile (RHD) et le e-commerce. Dans le secteur des vins et spiritueux, la France est même l’initiateur et l’animateur des travaux nationaux et européens.

GS1 France a récemment organisé une conférence sur le thème « Le vin à l’heure du digital » qui a recueilli une forte affluence. Comment et quand ont commencé vos travaux sur le secteur vitivinicole ?

Paul BOUNAUD : L’intérêt pour la filière vitivinicole de normaliser ses échanges avec l’ensemble de ses partenaires est apparu en 2003, lors de la publication du règlement communautaire UE 178/2002. Celui-ci impose à tous les opérateurs du secteur agroalimentaire de mettre en place d’une traçabilité amont et avale pour faciliter les rappels de produits en cas de risques sanitaires.

 À cette occasion, nous avons mis en place un groupe de travail constitués d’entreprises de la filière dont le premier objectif a été de fiabiliser les échanges d’information entre les acteurs, toujours dans un esprit de mutualisation des bénéfices par une adoption volontaire des entreprises.

Il faut souligner que ces travaux ont impliqué de grands acteurs internationaux de la distribution comme les Grands Chais de France, Constellation Europe, Diageo, Distel,…

 Deux ans après, en 2005 — au moment de la mise en œuvre du règlement communautaire — GS1 a publié le fruit de cette collaboration sous la forme d’un premier guide « Wine Supply chain Traceability ». De 2011 à 2015, un Comité de pilotage sectoriel a orienté le déploiement des standards GS1 pour aider les entreprises dans la mise en œuvre, notamment les TPE. Cette concertation a permis la réalisation de deux guides de bonnes pratiques des standards GS1 : l’un concernant les intrants viti-vinicoles et l’autre la commercialisation des vins en aval.

 Ces publications sont en libre téléchargement sur le site de GS1 France.

 

Quelles sont maintenant les prochaines étapes ?

Paul BOUNAUD : GS1 travaille toujours en prise directe avec les besoins et attentes des milieux professionnels.

Le rôle des groupes de travail est d’orienter très concrètement le développement, ou le déploiement, des standards en fonction des besoins opérationnels du terrain. La mise en œuvre du règlement européen a fait apparaître de nouveaux besoins métier. Comme par exemple, automatiser certaines tâches administratives grâce aux catalogues électroniques ou à l’échange électronique de documents (EDI), toujours dans le but d’améliorer la supply-chain du vin en traçant mieux les produits et en facilitant l’interopérabilité des échanges entre les acteurs.

 Une enquête est actuellement en ligne sur notre site Web (jusqu’au 11/03/2016) pour recueillir les avis de la communauté d’intérêts du vin sur les prochains développements à mener. Le questionnaire propose 9 sujets mais il est possible d’en suggérer d’autres :

  1. - L’identification des produits du vin (les intrants chimiques, les engrais ou encore les pieds de vigne. Un sujet qui intéresse particulièrement la Fédération des pépiniéristes.) ;

  2. - La dématérialisation des documents commerciaux ;

  3. - La qualité des informations produit ;

  4. - La communication digitale BtoC ;

  5. - La traçabilité de la vigne au verre ;

  6. - La lutte contre la contrefaçon ;

  7. - La logistique et le transport des vins ;

  8. - La vente en magasin ;

  9. - La vente sur Internet.

Les résultats seront publiés courant avril 2016. En fonction de ces derniers, GS1 France pourrait organiser des groupes de réflexion/travail avant fin juin 2016 pour permettre aux entreprises de se concerter sur leurs sujets prioritaires.

Lien vers l’enquête en ligne http://gs1francevin.blogspot.be/2016/02/les-filieres-vin-et-spiritueux-donnent.html

 

En 2009, GS1 France avait lancé la plateforme « EST-CE-AUTHENTIQUE ? » dont le service IPM de l’Organisation mondiale des douanes (OMD) s’est largement inspiré. Qu’en est-il de la coopération entre GS1 et l’OMD en matière de lutte anti-contrefaçon ?

 Nicolas PAUVRE : La plateforme « EST-CE-AUTHENTIQUE ? » développée par GS1 était un démonstrateur dont le but était de prouver l’intérêt des standards GS1 pour faciliter le contrôle de l’authentification d’un produit. Et il ne fait aucun doute que cette approche a séduit l’OMD et influencé l’évolution d’IPM.

 Cela dit, les évolutions et améliorations qui ont été apportées depuis ont considérablement amélioré l’ergonomie et la facilité d’emploi d’IPM. Au départ, la consultation d’une base de données centralisée à partir d’un micro-ordinateur n'était pas adaptée au contrôle de terrain des douaniers.

 Grâce à IPM Mobile et à l’intégration des standards GS1 à partir de 2013, les douaniers peuvent désormais scanner le code à barres des produits lors du contrôle d’un container et avoir une réponse immédiate si le titulaire de la marque a souscrit à IPM.

 Un autre obstacle est en passe d’être surmonté : permettre aux douaniers — avec l’accord du titulaire — d’avoir accès à la fiche d’informations du produit.. Je rappelle que GS1 assure non seulement la gestion des codes-à-barres mais aussi la gestion du réseau GDSN (Global Data Synchronisation Network)des catalogues électroniques constitué de plus de 15 millions de fiches produits avec une information fiable, à jour et contrôlée par les titulaires. La lutte contre la contrefaçon doit être accessible à toutes les entreprises : cela est rendu possible par l’utilisation des standards GS1 qui offrent un moyen pratique et économique d’accéder à des informations d’’authentification.

GDSN

Cette fonction est actuellement en cours de test sur un pilote auquel participent quelques grandes marques. Cette facilité évitera au titulaire d’avoir à ressaisir des données uniquement pour l’application IPM de l’OMD et permettra au douanier de consulter la carte d’identité complète d’un produit sur plusieurs millions de références différentes et de diverses catégories (santé, parfumerie, vins, textile, bricolage, épicerie, etc.).

 Propos recueillis par Philippe Collier

 

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