Bernard FARGES : « Le marché chinois est très demandeur d’authentification »

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Interviews

Photo-BF-BordeauxInterview de Bernard FARGES, Président du Syndicat Viticole des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur

Contrefaçon Riposte : Depuis le 15 avril votre Syndicat propose à ses membres viticulteurs d’apposer sur leurs bouteilles « un timbre de garantie » pour protéger les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur contre la contrefaçon. Tout d’abord, pouvez-vous expliquer qu’elles ont été les motivations et les objectifs qui ont incité le Syndicat à se lancer dans cette démarche originale ?

Bernard Farges : Notre Syndicat professionnel — membre du CIVB — en tant qu’Organisme de gestion (ODG) et de contrôle des appellations contrôlées (AOC) Bordeaux et Bordeaux Supérieur, a pour vocation de garantir la qualité et l’origine de la production, défendre l’image de marque Bordeaux et protéger le marché de ses membres viticulteurs. Il faut savoir que les vins de Bordeaux représentent 1/4 des exportations de vins Français. Et plus de 50 % des 5 000 viticulteurs — soit 2 500 propriétés — qui produisent des AOC Bordeaux et Bordeaux supérieur, exportent dans le monde dont 30 % en Chine. Or, vous n’êtes pas sans savoir que beaucoup de producteurs ont été confrontés à de sérieux problèmes de contrefaçon en Asie. Nous œuvrons d’ailleurs pour faire reconnaître l’appellation Bordeaux en Chine où celle-ci n’est pas encore officiellement reconnue contrairement à l’appellation Cognac. Les négociations d’État à État sont bien engagées et nous avons l’espoir d’aboutir rapidement.

Les marchés Chinois et de Hong Kong sont des enjeux importants, car ils représentent déjà, pour l’ensemble des vins de Bordeaux, un montant de 600 millions d’euros avec d’importantes perspectives de croissance.

Nos contacts sur place nous ont expliqué que pour lutter efficacement contre la contrefaçon il fallait remplir au moins quatre conditions : premièrement avoir des marques déposées dans chacun des pays à risque ; ensuite, que chaque bouteille dispose d’un marquage authentifiant ; qu’il fallait aussi avoir sur place du personnel pour mener des investigations ; et enfin, être capable de transmettre rapidement à l’administration Chinoise et à la justice des dossiers complets et bien étayés.

C’est en partant de ce constat, qu’il y a un an, nous avons eu l’idée d’imposer à nos membres de mettre en place, sur l’ensemble des cols, un marquage authentifiant. Après consultation, nous nous sommes vite rendu compte qu’il serait difficile d’imposer autoritairement une solution technique à tout le monde. En effet, la sensibilité, les attentes et les préjudices des uns et des autres vis-à-vis de la contrefaçon sont très différents. Tous n’exportent pas et l’on ne connaît pas a priori la destination d’une bouteille.

C’est pourquoi nous avons finalement opté pour une démarche plus pragmatique. Celle de proposer aux viticulteurs une solution technique fiable et éprouvée clés en main mais dont l’usage serait basé sur le volontariat.

CR : Comment avez-vous procédé pour sélectionner cette solution technique qui repose exclusivement sur l’offre de la société Tesa Scribos ? Avez-vous lancé un appel d’offres ?


Bernard Farges :
Plusieurs de nos membres avaient déjà pris des initiatives en matière de marquage anti-contrefaçon. Nous nous sommes en particulier largement inspiré des travaux effectués en interne par le Groupe Castel, le principal négociant de Bordeaux. Son service qualité avait déjà procédé à une évaluation des différentes solutions techniques disponibles sur le marché avant de retenir une solution Tesa Scribos.

Le Syndicat s’est donc rapproché de cette société avec laquelle nous avons conçu un timbre authentifiant proche mais différent de celui du Groupe Castel.

CR : En quoi consiste cette solution ?


Timbre-garantie-BordeauxBernard Farges :
En quelques mots, chaque timbre de sécurité porte une inscription unique. Le code de sécurité des étiquettes VeoMark est composé de 4 chiffres et lettres visibles. Il comporte en plus des sécurités optiques semi-visibles et cachées qui ne peuvent être copiées en utilisant des technologies d’impression ou holographiques. Celles-ci permettent une première authentification visuelle off line.

Par ailleurs, en scannant le code QR du timbre avec un smartphone, les consommateurs, distributeurs et enquêteurs, se connectent au service Connect &Check de Tesa Scribos, où ils peuvent, après avoir saisi le code, vérifier l’authenticité du produit et obtenir des informations complémentaires.

Je précise aussi que la solution permet, en option, aux viticulteurs qui le souhaitent, d’associer à la base de données des codes, des données de traçabilité spécifiques comme le nom du château, la destination, le nom de l’importateur…

CR : Quelle est le coût de cette solution et combien de domaines sont susceptibles de l’adopter ?


Bernard Farges :
L’offre packagée, qui comprend la fourniture des timbres de sécurité unitaire, la gestion de la base de données en ligne et l’intégration des informations marketing des produits sur le serveur, est proposée pour un coût raisonnable compris, selon les volumes commandés, entre 45 à 55 € HT les 1 000 étiquettes, soit entre 4,5 et 5,5 centimes d’euros par bouteille.

Le potentiel est énorme puisque les stocks de nos membres représentent environ 400 millions de cols. Cependant tout le monde n’exporte pas en Chine ou dans des pays à risque. Nous estimons qu’environ 10 % de nos adhérents constituent le noyau dur des early adopter qui devrait entraîner les autres à suivre.

CR : Quelles sont maintenant les prochaines étapes ?


Bernard Farges :
Il faut maintenant évangéliser et promouvoir la solution auprès de l’ensemble des membres du Syndicat. En collaboration avec nos partenaires Tesa Scribos et la société Media Service Partner (MSP) nous allons diffuser des brochures d’informations et des posters. Une première réunion, qui a réuni une cinquantaine propriétés, vient de se tenir avec succès. Deux premiers beta-testeurs, dont le Château Lamothe, sont opérationnels. D’autres séminaires de formation sont prévus.  Le récent salon ProWein de Düsseldorf a montré un très vif intérêt de la part de nos clients. Le marché chinois est aussi très demandeur d’authentification. Le prochain salon Vinexpo de Bordeaux (16-20 juin 2013) sera aussi un rendez-vous important. Les cas concrets de réussite devraient rapidement se multiplier.

Propos recueillis par Philippe Collier