Jean-Michel LOUBRY lance sa société de conseils en traçabilité et protection contre la contrefaçon

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Interviews

CR86-ident-JMLAncien directeur du Pôle national de traçabilité, président du comité Afnor sur la norme ISO 12931, dont les travaux internationaux se poursuivent, animateur d’un groupe de travail du Cnac, vous êtes intervenu aussi régulièrement en région en tant qu’expert sur les problématiques de traçabilité sécurisée en partenariat avec la Dgcis ou l’Inpi, pourquoi vous lancez-vous aujourd’hui dans le consulting en créant la société « Elephant Conseil » ? Et d’abord pourquoi ce nom  ?

J-M Loubry : Il est fréquent de donner à une entreprise le caractère d’un animal. En l’occurrence c’est un clin d’œil aux qualités de mémoire et de robustesse que doit avoir toute bonne solution de traçabilité.
Sinon, il s’agit pour moi — après plus de dix années d’expériences sur ces sujets — de poursuivre sous une autre forme une action qui est aujourd’hui au cœur de la protection des consommateurs, du Made in France et de nos emplois industriels.
La protection des produits et la surveillance des marchés sont aujourd’hui nécessaires si l’on veut lutter efficacement contre le faux, les marchés gris, les fraudes, la concurrence déloyale… C’est une façon pragmatique et concrète de protéger la valeur ajoutée commerciale et marketing de nos innovations. De plus, le sujet est transversal : ce n’est pas une question de marché, d’organisation ou de technologies mais de stratégie qui met en jeux différents aspects complexes qui varient selon le type de produits ou de zone géographique à protéger.
La lutte anti-contrefaçon comporte deux facettes :
- D’une part, la lutte contre les faussaires. C’est le volet juridique avec ses actions de saisies et ses procédures pénales ou civiles. C’est l’affaire des services juridiques et des avocats ;
- D’autre part, la lutte contre les produits parasites, contrefaisants ou non-conformes, donc parfois dangereux, impose de savoir les détecter, les bloquer et les retirer le plus vite possible du marché pour des raisons de risques pour la santé ou la sécurité des consommateurs ou de mise en cause de la responsabilité de l’entreprise. Ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques sur son image.

Quelle est votre perception de l’évolution du marché des solutions de protection ? Pourquoi le marquage authentifiant systématique des produits à risques est-il si long à se mettre en place ?

J-M Loubry : Il est vrai que les fournisseurs de solutions se plaignent d’un certain attentisme de la part des industriels. Ceux qui ont les meilleurs résultats sont généralement présents sur les marchés publics régaliens qui vont de la protection des titres de paiement, cartes bancaires, billets de banques, aux documents officiels, passeports, permis de conduire, cartes d’identité, diplômes… Dans le secteur privé, les secteurs porteurs concernent en priorité les produits à risques pour les consommateurs. Pour les autres secteurs, mis à part les produits de luxe à fortes marges, les entreprises hésitent à se lancer pour différentes raisons.
D’une part, le plus souvent, elles ne savent pas évaluer les pertes occasionnées par la contrefaçon et hésitent à accroître leurs dépenses faute de vision sur un retour sur investissement. La mise en place d’une solution de traçabilité sécurisée n’est pas perçue comme un investissement mais comme un coût d’assurance, toujours trop cher.
D’autre part, elle manque assurément de compétences en interne pour comprendre la multiplicité des offres et les avantages qu’elles pourraient en tirer. Ce qui se traduit par des décisions souvent longues ou sans cesse différées.
C’est pourquoi, je pense que les entreprises et en particulier les PMI ou les ETI ont besoin d’une assistance pour faire un diagnostic de leurs problèmes, définir leurs besoins et faire le benchmarking des solutions… Mon rôle d’expert vise à mettre en place une approche méthodologique et les aider à rédiger un cahier des charges précis qui facilitera le dialogue avec les fournisseurs. C’est une étape essentielle car la signature d’une solution de protection contre la contrefaçon engage durablement l’entreprise sur le long terme. La solution doit être pérenne.

La nouvelle norme ISO 12931 n’a-t-elle pas justement pour fonction d’aider les entreprises dans cette démarche ?

J-M Loubry : Certainement, car cette norme définit des niveaux de performance technologique qui permettent justement de comparer les offres entre elles. Mais elle ne constitue que la première pierre d’un ensemble. L’entreprise n’achète pas une technologie mais une solution globale qui doit s’intégrer dans des environnements de production et de distribution logistique existants sans trop les perturber et avec une obligation de résultat. La commission Afnor que je préside travaille sur d’autres textes normatifs qui viendront enrichir l’arsenal de protection.
Aujourd’hui la plupart des secteurs d’activité n’ont pas d’obligation de s’équiper. C’est une démarche volontaire. Mais demain, il ne fait pas de doute que ces solutions seront nécessaires pour obtenir des agréments ou des certifications notamment auprès des assureurs. C’est pourquoi, les entreprises ont tout intérêt à y penser sérieusement dès maintenant.

Propos recueillis par Philippe Collier

Jean-Michel Loubry édite le blog : www.traçable.fr