La Côte d’Ivoire garantit désormais l’authentification de ses diplômes professionnels

Écrit par HS2 le . Rubrique: Interviews

Interview de M. Moussa Dosso, ministre de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle de la République de Côte d’Ivoire. - Réaction.

« Face à la contrefaçon, il était urgent de stopper la fraude en rétablissant une gestion rigoureuse des émissions de diplômes signés par le Ministre et homologués par l’État. »

Contrefaçon Riposte : Pourquoi avoir décidé de mettre en place un système d’authentification des diplômes professionnels ? La prolifération des faux diplômes était-elle si inquiétante ?

Moussa-Dosso_fmtMoussa Dosso : Dès ma prise de fonction, en 2007, j’ai constaté une situation dégradée au sein du ministère de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (METFP) : notre formation professionnelle souffrait d’un manque de reconnaissance et d’une perte de crédibilité du fait de la non-délivrance de diplômes fiables, ce qui a encouragé une production importante de faux titres de fin d’études.

Les premières victimes étaient les étudiants Ivoiriens qui éprouvaient des difficultés pour justifier de leur qualification technique. Ainsi, le ministère était régulièrement submergé par des demandes visant à prouver l’identité des titulaires. Ces demandes provenaient soit d’entreprises, souhaitant vérifier la qualification des personnes à recruter, soit de pays comme les États-Unis, le Canada ou l’Europe où nos jeunes diplômés veulent poursuivre leurs études.

Il faut admettre que le METFP était en partie responsable de cette confusion du fait que, depuis 1992, le ministère ne délivrait qu’une simple attestation de réussite aux étudiants admis. Ce document administratif était facile à contrefaire. Il était donc urgent de stopper la fraude en rétablissant une gestion rigoureuse des émissions de diplômes signés par le Ministre et homologués par l’État.

Contrefaçon Riposte : Comment avez-vous procédé ?

Moussa Dosso : J’ai confié à la Direction des Examens et Concours (DEXC) la mission de trouver une solution infalsifiable qui rétablisse la crédibilité de nos diplômes et revalorise notre enseignement. Après une rapide consultation restreinte. C’est finalement la solution proposée par la société Prooftag, en partenariat avec EB Concept, son intégrateur local, qui a été retenue. Il faut dire que cette solution était déjà utilisée avec satisfaction, depuis deux ans, par une école d’ingénieurs française, l’INSA de Toulouse.

C’est ainsi que les 5 000 diplômes professionnels de l’année 2008, délivrés par le METFP, ont été dotés d’un Scellé à Bulles™ unique et infalsifiable qui permet :

- d’authentifier les documents émis par l’État de Côte d’Ivoire ;

- de vérifier l’intégrité des informations du document papier comparativement au document numérique stocké dans le système ;

- de rejeter les documents inexistants ou non-conformes ;

- de vérifier partout dans le monde l’authenticité du document original ou de sa photocopie via un site Internet.

La sécurité est totale car la base de données est gérée par Prooftag depuis la France. Nous nous attaquons maintenant à l’impression, à la sécurisation et à la distribution des 100 000 diplômes qui, depuis 17 ans, sont en souffrance et non délivrés. Je pense, que d’ici à l’année prochaine, nous aurons rattrapé le retard.

Contrefaçon Riposte : Ce dispostif sera-t-il étendu à l’ensemble des diplômes délivrés par l’État Ivoirien ?

Moussa Dosso : Compte tenu de cette heureuse expérience, j’ai pris contact avec mes homologues des ministères de l’Éducaton nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique et de la Justice pour étudier la généralisation de cette protection à l’ensemble des diplômes délivrés par l’État. La décision leur appartient mais j’ai de bons espoirs qu’ils adoptent la même démarche. La crédibilité et la reconnaissance des diplômes sont essentielles si l’on veut développer une économie de la connaissance fiable et prospère. <

Propos recueillis par Philippe Collier