Étiquetage alimentaire des boissons alcoolisées : vers la fin d’une exception

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Europe

Le 13 mars dernier, la DG Santé de la Commission européenne a présenté un rapport sur l’évolution de l’étiquetage des boissons alcoolisées (vins, bières, spiritueux…) en précisant la liste de leurs ingrédients et de leurs valeurs nutritionnelles. Tout en souhaitant plus de transparence sur le contenu des boissons alcoolisées, la DG Santé  invite le secteur « à élaborer dans un délai d’un an une proposition d’autorégulation pour généraliser la mention des ingrédients (notamment allergènes) et des informations nutritionnelles sur toutes les boissons alcoolisées ».

En fait, le règlement de l’UE (n° 1169/2011) concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, qui est applicable depuis décembre 2014, établit des règles concernant toutes  les denrées alimentaires, mais le lobby du vin avait obtenu, à l’époque, que les boissons titrant plus de 1,2 % d’alcool en volume en soient exemptées !

Aujourd’hui, le Comité européen des entreprises vins (CEEV), « se félicite de la publication du rapport de la Commission européenne sur l'étiquetage des boissons alcoolisées ». « Le rapport reconnaît en quelque sorte la spécificité du secteur du vin et ouvre la voie à la préparation d'une solution qui correspondra mieux à la nature singulière du vin tout en satisfaisant les attentes des consommateurs » a déclaré Jean-Marie Barillère, président de CEEV. Le CEEV estime cependant que le cadre juridique et technique spécifique rend nécessaire le développement d'une solution ad hoc pour le secteur vitivinicole.

« Nous nous engageons à fournir des informations sur mesure et significatives aux consommateurs de vin et nous allons explorer des développements novateurs dans le domaine de l'information sur les aliments afin de proposer la manière la mieux adaptée de fournir cette information significative aux consommateurs de vin », a déclaré Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général de CEEV. Enfin, le CEEV considère qu'il est fondamental d'harmoniser le système et les moyens de communication des informations aux consommateurs de vin au niveau européen.

En revanche, la Confédération européenne des vignerons indépendants (CEVI) est vent debout contre l’étiquetage des ingrédients et des valeurs nutritionnelles pour les vins. Son président, Thomas Montagne, se dit « sidéré que la DG Santé ait pu écrire que le secteur « s’engage à fournir aux consommateurs (…) des informations nutritionnelles ».

Le CEVI estime « qu’une étiquette surchargée d’informations ne résoudra ni le problème de l’alcoolisme  ni celui de l’obésité ». Outre le fait que cela aura un coût pour les dizaines de milliers de petits producteurs indépendants. « L’ajout de contraintes d’étiquetage supplémentaires conduira inévitablement à une standardisation accrue du secteur, au détriment du consommateur ».

vin-bio-sansLe rapport de la Commission souligne que certains fabricants ont déjà pris les devants en fournissant volontairement des informations complémentaires non obligatoires. Cela concerne surtout les produits Bios ou Vegan dont l’étiquetage précise surtout ce que le produit ne contient pas : comme sans OGM, sans gluten, sans œufs… Ou comme ce vigneron de vin biologique qui précise, « vin rouge provenant de vigne cultvées sans pesticides de synthèse, ainsi que sans engrais chimique, ni désherbant. (…) De jus fermentant sans levure ni bactérie industrielles, ni activateur de fermentation. Contient des sulfites. Sans correction d’acidité, sans sucre ajouté. Non collé, non filtré ».

Mais peut-on imaginer, espérer qu’un jour, un vin précise ses composants néfastes pour la santé comme par exemple son taux de pesticides résiduels ?

De même, il est curieux que ce rapport sur l’information des consommateurs ne fasse pas le lien avec les obligations de traçabilité alimentaires qui, chez les producteurs, doivent déjà accompagner ces mesures.*


Dans tous les cas, la Commission dit qu’elle évaluera cette proposition. Si elle estime que l'autoréglementation proposée par les fabricants n'est pas satisfaisante, elle lancera une analyse d'impact pour examiner les autres options envisageables, conformément aux principes du mieux-légiférer.<


Philippe Collier


* lire à ce propos l’article d’Eric Agostini, « Le flacon sème le trouble » de décembre 2006.

 

Plaidoyer pour le vin naturel

 A noter que dès 1974, des voix s’élèvent pour dénoncer l’abus des additifs lors de la vibnification. Le professeur Hugues Gounelle de Pontanel et Mme Monique Astier-Dumas ont fait le 19 mars devant l'Académie de médecine un plaidoyer en faveur du vin naturel.
LE MONDE | 22.03.1974

http://www.lemonde.fr/archives/article/1974/03/22/plaidoyer-pour-le-vin-naturel_2515222_1819218.html

 

Télécharger le rapport de la DG Santé :

http://ec.europa.eu/food/sites/food/files/safety/docs/fs_labelling-nutrition_legis_alcohol-report_en.pdf

 

Étiquetage des vins selon les recommandations de la DGCCRF du 24 octobre 2016
 
Les mentions figurant sur l’étiquette répondent à plusieurs objectifs : donner aux consommateurs des critères de choix, leur fournir une information loyale favorisant la concurrence équitable, protéger leur santé et établir la traçabilité des produits.

DGCCRF-schema etiquetage vins