Le paradoxe français

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

Lyon-CR9_fmtSelon une étude réalisée par l’Ifop, à la demande de l’Unifab (1), sur le comportement des Français face à la contrefaçon, il apparaît qu’une très grande majorité d’entre eux (89 %) a une bonne connaissance spontanée des catégories de produits pouvant être concernés.

Ils perçoivent bien la présence de produits contrefaisants dans l’ensemble des domaines de la consommation, avec toutefois une domination pour le textile et le luxe. Cette perception est plus nette chez les artisans et les commerçants, les cadres supérieurs et les professions intermédiaires, les personnes âgées et les utilisateurs d’Internet.

Seulement un Français sur trois (35 %) déclare ouvertement avoir déjà acheté des produits contrefaisants. Néanmoins, une proportion non négligeable des personnes interrogées (entre 7 et 15 %, selon les produits) reconnaissent être prêtes à se laisser tenter « si l’occasion se présente ». Quant à la motivation des acheteurs, les deux tiers déclarent avoir acheté « parce que le produit n’était pas cher » ou qu’il s’agissait d’une «-bonne affaire-».

À l’opposé, ceux qui n’ont jamais acheté de contrefaçon évoquent comme premier frein à un tel achat le fait que celui-ci soit illégal et la peur de devoir payer une amende (49 %). 43 % craignent justement que la qualité ne soit pas bonne, et 21 % déclarent qu’ils n’en ont pas eu l’occasion.

> Une bonne perception des méfaits

En ce qui concerne les lieux réputés propices à la fraude, la vente à la sauvette vient en tête (86 %), suivie par les marchés et foires (84 %), la vente de particulier à particulier (73 %), les sites de ventes de copies sur Internet (71 %) et les sites de ventes aux enchères sur Internet (64 %). Ainsi, « Internet fait ouvertement figure de «-plate-forme-» parallèle de vente de produits contrefaisants, reconnue comme telle notamment par les utilisateurs et les jeunes-».

À propos des risques de poursuites pénales, plus de neuf personnes interrogées sur dix sont convaincues qu’elles concernent en priorité les vendeurs, les fabricants ou les distributeurs, et seulement dans une moindre mesure (77 %) les consommateurs. Les sanctions pénales ne sont approuvées que par un Français sur deux…

Pourtant, la perception des effets négatifs de la contrefaçon, tant économiquement que socialement, est plutôt bonne. 86 % des enquêtés pensent que la contrefaçon peut mettre en danger la santé ou la sécurité du consommateur, 81 % estiment qu’elle contribue à maintenir de mauvaises conditions de travail dans les pays pauvres, 74 % sont conscients qu’elle contribue à détruire des emplois en France, 72 % qu’elle finance des mafias ou des organisations terroristes, 59 % qu’elle tue l’innovation et la création.

Pour Marc-Antoine Jamet, président de l’Unifab, «-c’est là un des paradoxes du comportement des Français. Toujours prompts à se mobiliser pour les grandes causes et bien que conscients des dégâts de la contrefaçon, ils n’en perçoivent pas les risques à titre individuel. Ils continuent de feindre en tirer un bénéfice alors qu’ils en sont les victimes ». <

(1) Étude réalisée du 2 au 10 juin 2005, sur un échantillon de 1 001 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, à partir d’interviews face à face au domicile des personnes interrogées.

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

CR09