Aux amateurs de foot et aux responsables politiques

Écrit par Michel DANET le . Rubrique: Editorial

Par Michel Danet / Secrétaire général de l’Organisation mondiale des douanes (Bruxelles)

CR15-Danet-OMD_fmtÀ quelques jours du lancement de la Coupe du monde de football, en Allemagne, toutes les administrations douanières et autres services compétents sont sur le qui-vive. Déjà, plus de 2500 saisies, soit des centaines de milliers d’articles, de produits contrefaisants liés à la Coupe ont été réalisées par les agents des douanes dans le monde. À l’approche du jour « J », le flux de contrefaçons s’est intensifié, empruntant tantôt les voies du commerce licite, tantôt des itinéraires des plus farfelus pour échapper à la vigilance des douaniers.

Face à cette ingéniosité criminelle, nous qui sommes tous des consommateurs – et peut-être consommateurs de football ! –, nous nous devons d’être responsables. N’oublions jamais que l’industrie de la contrefaçon détruit des vies humaines, des emplois, porte préjudice à l’entreprise et à l’innovation.

Chaque seconde, une vie est mise en danger parce que des contrefaçons de produits alimentaires, de médicaments, de produits cosmétiques, de pièces détachées d’automobiles et d’avions sont disponibles librement sur le marché mondial. Ce sont d’abord les plus vulnérables, les plus démunis qu’il faut protéger et informer.

> Implication, coopération, formation

Depuis de nombreuses années, en partenariat avec d’autres organisations internationales et le secteur privé, l’Organisation mondiale des douanes (OMD) œuvre au renforcement des capacités des « maillons faibles-» de la chaîne mondiale de contrôles douaniers. En matière de lutte contre la contrefaçon, sa stratégie repose sur trois piliers.

Tout d’abord, l’implication des politiques et des hauts responsables pour disposer d’un cadre légal et de moyens d’action suffisants. Pour sécuriser et faciliter le commerce mondial, l’OMD s’est engagée à compléter son cadre de normes d’un volet consacré aux droits de propriété intellectuelle. Deux congrès mondiaux sur la lutte contre la contrefaçon et la piraterie, fruits d’un partenariat entre l’OMD, Interpol et l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), ont été organisés en 2004 et 2005 ; le prochain se tiendra à Genève, en janvier 2007. Des initiatives régionales viendront compléter ce processus.

Ensuite, le renforcement de la coopération et le développement de la formation. L’OMD travaille en étroite collaboration avec le secteur privé pour un partage des savoir-faire et des informations. À ce titre, un programme d’enseignement multimédia interactif (e-learning) a été développé afin de former les personnels douaniers – mais aussi le secteur privé, avec quelques adaptations en fonction des domaines d’activité – à la problématique des contrefaçons.

Enfin, pour revenir à Coupe du monde de football, qui cristallise la problématique d’une façon que l’on hésite à qualifier d’«-exemplaire », l’OMD a organisé les 29 et 30 mai un séminaire opérationnel douanier sur la lutte contre les contrefaçons dans le cadre de cet événement. Elle s’est également engagée à une vigilance accrue pour la Coupe du monde de rugby en 2007 et les Jeux olympiques de Pékin en 2008. D’autre part, la task force droits de propriété intellectuelle de l’OMD travaille sur la thématique des zones franches et des achats sur Internet afin de trouver une riposte aux fraudes.

Autre enjeu d’importance, l’OMD entend sensibiliser et informer le grand public. Ainsi, elle participe à la campagne lancée en France par le Comité national anti-contrefaçon, l’Institut national de la propriété industrielle et le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, couplée à une exposition itinérante. Dans le cadre du Salon mondial des douanes, qui se tiendra à Bruxelles du 29 juin au 1er juillet, un espace sera dédié à l’exposition pédagogique «-Contrefaçon sans façon-».

Il ne s’agit là que des principales actions engagées par l’OMD. Je suis convaincu que seule une volonté forte exprimée à travers des actions concrètes et en concertation avec tous les acteurs économiques, du simple citoyen au décideur politique et économique, permettra d’endiguer ce qu’il est convenu de reconnaître comme le «-crime du xxie siècle-». <

Michel Danet

 

CR15 - © Contrefaçon Riposte N°15 - juin 2006