Quel marché pour les technologies de lutte ?

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

CR20-Une3M_fmtLa France, pionnière de la lutte anti-contrefaçon, si fière de sa législation, de ses institutions, de ses grandes marques, de ses organisations professionnelles et toujours prompte à donner des leçons, devrait être le leader mondial des technologies de lutte. L’intense communication sur les méfaits de la contrefaçon, ces deux dernières années, associée aux nouvelles obligations de traçabilité, aurait dû favoriser l’émergence d’un nouveau secteur économique dédié aux technologies de prévention et de dissuasion anti-contrefaçon. Devrait, aurait dû…

Certes, une multitude de start-up sont apparues et des grands groupes, présents depuis longtemps sur le terrain de la sécurité, ont adapté ou développé de nouvelles offres. Mais force est de constater que le marché de ces technologies, destinées à la protection aussi bien des produits physiques que des contenus numériques, ne décolle pas. De nombreuses entreprises spécialisées, surtout les plus petites, éprouvent de réelles difficultés, car les marques n’investissent pas et semblent bouder ces solutions de prévention.

Aujourd’hui, tout le monde partage le diagnostic sur la contrefaçon, ses origines, son évolution et ses conséquences néfastes. Il est cependant clair que, au risque de lasser l’opinion, on ne peut en rester là. Les discours incantatoires ne suffisent pas. Il faut maintenant passer à l’action, prendre des mesures concrètes et s’entendre sur les moyens à mettre en œuvre, en partant du principe qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir.

> Nécessaire transparence

À quoi tiennent ces hésitations? Selon Julien Serres, directeur associé du cabinet d’intelligence économique et d’enquêtes Insiders, au fait que «la contrefaçon est vécue comme une perte sèche. En conséquence, les dépenses dévolues à la protection sont perçues comme un perte supplémentaire et non comme un investissement. Alors qu’un procès fait toujours espérer des dommages et intérêts».
Et tant que la problématique de la contrefaçon sera entre les mains des seules directions juridiques, cette situation a toutes les raisons de perdurer. Alors qu’on connaît les coûts et les limites de l’action judiciaire, les difficultés à faire valoir ses droits à l’international et les maigres chances d’obtenir des indemnités…

Les grandes marques ne pourront longtemps continuer à se plaindre de la contrefaçon sans prendre les mesures de prévention qui s’imposent.

Déjà, il apparaît qu’en cas d’accident ou lorsque des consommateurs sont victimes de la contrefaçon, la responsabilité des entreprises peut être mise en cause. Elles devront alors prouver qu’elles ont pris des dispositions anti-contrefaçon. Sur ce plan, les assureurs tendent à se montrer de plus en plus exigeants. De même, submergées, les autorités de contrôle, en premier lieu les douanes, réclament la mise en place de dispositifs qui les aident à mieux reconnaître le vrai du faux. Il reste que les entreprises rechignent à communiquer en toute transparence sur l’origine de leurs produits et sur leurs circuits d’importation. C’est peut-être l’un des aspects du problème. <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

 

CR20 - © Contrefaçon Riposte N°20 - décembre 2006