Enchères en ligne : attention aux arnaques !

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

CR23-Calvisson27_fmtAntoine Beaussant et Christophe Eoche-Duval, respectivement président du groupe vente en ligne et secrétaire général du Conseil des ventes volontaires (CVV), l’organisation qui, depuis la loi 2000-642 du 10 juillet 2000, rassemble les professionnels agréés des ventes aux enchères publiques en France (l’ex-monopole multicentenaire des commissaires-priseurs), ont fait sensation lors de leurs interventions au dernier Forum européen de la propriété intellectuelle.

Cette corporation compte 374 sociétés de ventes volontaires (SVV) agréées, dont la présence sur Internet est encore relativement timide. Seules trois SVV ont leur propre site autonome de vente, tandis qu’il existe sept sites fédérateurs, dont deux seulement font de la vente en direct. 63 % disposent néanmoins d’une simple vitrine Internet.

Le problème est que la loi de 2000 a exclu de la régulation, dans son article L.230-2, « les opérations de courtage aux enchères réalisées à distance par voie électronique, se caractérisant par l’absence d’adjudication et d’intervention d’un tiers dans la conclusion de la vente d’un bien entre les parties » ; donc, ces opérations « ne constituent pas une vente aux enchères publiques. » Ainsi, il existait en France, en 2006, à coté du secteur régulé par la loi, pas moins de 52 sites de ventes aux enchères électroniques, dont 15 sont considérés être en infraction par le CVV.

> Fraude à tous les étages

Pour Christophe Eoche-Duval, « un marché faisant appel au public doit être sûr, transparent et assurer l’égalité des traitements », ce qui est loin d’être le cas sur Internet, où il existe des arnaques qui n’existent pas dans le monde réel. Ainsi, de nombreux sites d’enchères électroniques pratiqueraient ou seraient victimes de comportements illicites ou déloyaux visant à truquer les enchères. Par exemple, les sites dits sniper permettent d’enchérir par le biais d’un logiciel et d’emporter un enchère à la dernière seconde, ce qui ne laisse aucune chance au dernier enchérisseur manuel ; le bid shilling (ou shill bidding) est une arnaque provoquée par le vendeur qui surenchérit sur son propre bien, soit par l’utilisation de différents « pseudos », soit par le biais de « compères » d’enchères. Le prix de l’objet est donc gonflé artificiellement, et même si le vendeur remporte l’objet, il peut revenir vers l’acheteur par le biais de « l’offre de la seconde chance ». Des sites ou des forums organisent ces réseaux de « compères ».

Certains sites permettent aussi de se rétracter après avoir emporté une enchère, ce qui est impossible dans le monde réel. Enfin, les « notations » ou « évaluations » des vendeurs, dans lesquelles les acheteurs mettent toute leur confiance, font l’objet de fortes présomptions de manipulation.

Ainsi, Christophe Eoche-Duval a démontré (en utilisant l’application View Tracker, éditée par www.sellathon.com,
qui permet de classer les 10 000 meilleurs vendeurs mondiaux d’Ebay) que, en septembre 2006, sur les 19 meilleurs vendeurs français (dont les scores totalisaient entre 13 000 et 68 000 objets vendus), 4 ont disparu du jour au lendemain en laissant leurs enchérisseurs sur le carreau, alors qu’ils bénéficiaient d’excellentes notes d’évaluation, comprises en 95 et 98 % ! N’est-il pas aussi surprenant qu’un vendeur français classé 2 825e meilleur vendeur mondial avec 27 168 transactions soit toujours considéré comme un « vendeur particulier » ? <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

 

CR23 - © Contrefaçon Riposte N°23 - mars 2007