Filtrage à tous les étages

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

CR28-BMarche2005_fmtFace aux effets négatifs et contraignants des systèmes anticopie pour les consommateurs de musiques en ligne, pratiquement tous les éditeurs et distributeurs ont décidé d’y renoncer, du moins temporairement. Il est vrai que l’introduction précipitée de multiples systèmes de protection incompatibles entre eux pénalisaient doublement l’acquisition honnête face au téléchargement pirate, à la fois gratuit et facilement transférable sur de multiples lecteurs.

Comme nous l’avons déjà écrit, l’échec de ces systèmes anticopie, improprement qualifiés de DRM (Digital Rights Management, « système de gestion des droits numériques »), était prévisible (voir nos n os 2 et 13). Pour la simple et bonne raison que ces systèmes de protection de première génération – relevant du « tout ou rien » – n’offraient aucune capacité de gestion et de personnalisation des droits d’usage ; et, surtout, les consommateurs n’y gagnaient rien en termes de service ou d’avantage client. Nous y reviendrons dans notre prochain numéro, de même que sur la délicate question de l’interopérabilité des DRM, dont la faisabilité reste à démontrer.

Il serait cependant naïf de penser que, après ce premier échec, les DRM sont à jamais enterrés. Les majors du cinéma et de la musique n’y ont pas renoncé. Les DVD HD et leurs lecteurs ainsi que les services de VOD (Video on Demand, « vidéo à la demande ») sont toujours hautement sécurisés, et Pascal Nègre, le président d’Universal Music France, dit clairement que tous les contrats de diffusion du catalogue musical, en particulier avec les opérateurs de réseaux propriétaires, font systématiquement l’objet d’un double accord à la fois commercial et technologique sur le système de protection.

> Séparer le bon grain de l’ivraie

La vraie urgence est de trouver rapidement une solution pour enrayer la piraterie sur les réseaux ouverts, peer to peer et Internet. C’est l’un des principaux enjeux de la mission Olivennes, dont l’objet est de développer une offre légale attractive, mais aussi de convaincre les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) de la nécessité de filtrer les contenus – encore faudra-t-il définir les modalités légales et financières du filtrage. La situation semble évaluer favorablement car, après un premier refus catégorique, il semble que les FAI soient aujourd’hui disposés à coopérer sur cette question. L’action en justice contre Google de Viacom, qui réclame un milliard de dollars pour la diffusion de vidéos non autorisées sur YouTube, ou la condamnation, en juillet dernier, de DailyMotion par le TGI de Paris pour la diffusion pirate du film Joyeux Noël ont contribué à changer les comportements. Google vient d’annoncer la mise en place d’un programme de filtrage sur YouTube, tandis que DailyMotion dit avoir choisi la solution du fingerprinting d’Audible Magic pour détecter sur son site les vidéos protégés par des droits.

Les FAI, qui jusqu’à présent ont largement bénéficié – s’ils ne l’ont pas encouragée – d’une piraterie leur valant nombre d’abonnés, sont désormais à la recherche de nouvelles sources de revenus. Et comme ils ne peuvent espérer les trouver qu’en contribuant aux développement d’offres légales, ils sont bien obligés de faire la chasse aux contenus pirates. Le marché gagne en maturité.

Une évolution similaire se dessine chez les sites de ventes aux enchères et les plates-formes de commerce électronique. En effet, dans l’entretienqu’il nous a accordé, Alexandre Menais, le directeur des affaires publiques et juridiques d’Ebay France, s’exprime en faveur d’un « Grenelle du filtrage », qui réunirait toutes les parties prenantes afin de définir les critères et les fonctions d’un système coopératif de filtrage qui permettrait –
enfin ! – de lutter efficacement contre les ventes de produits contrefaisants ou dangereux sur Internet (voir page 8). <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

 

CR28 - © Contrefaçon Riposte N°28 - octobre 2007