Premier bilan de la cyber-contrefaçon

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

CEIS-graph01_fmtQuelques éléments sur l’étude commanditée par la Direction générale des entreprises du ministère des Finances pour évaluer l’ampleur de la cyber-contrefaçon en France commencent à filtrer. Selon Eric Schmidt, directeur du département affaires publiques de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS), qui a expertisé 954 sites Internet B2B, B2C et C2C (hors tabac, alcool et produits pharmaceutiques) identifiés comme commercialisant des produits contrefaisants, « en 2006, sur le territoire français, ces sites ont réalisé un chiffre d’affaires minimal évalué à 83 millions d’euros. »

Ces plates-formes du faux, accessibles par environ 3 000 noms de domaines différents, sont qualifié de « sites champignons, » car leur durée de vie est courte, de 3 à 6 mois. Leurs exploitants les faisant disparaître puis réapparaître sous des noms et des adresses différents, ceci pour brouiller les pistes.

> Les marques françaises en première ligne

Le graphique ci-contre montre que les offres de ces sites se répartissent environ en trois tiers : textile/habillement/sport ; luxe et parfums ; informatique et multimédia. Les marques victimes, dont les produits sont copiés, sont américaines à 37 %, françaises à 25 % et européennes (hors France) à 23 %. Il s’agit toujours de marques ayant de fortes notoriété et visibilité.

C’est ainsi que logiquement l’étude a montré que les marques françaises étaient plus particulièrement copiées dans deux secteurs. Elles représentent respectivement 48 % et 51 % des produits proposés sur les sites B2C des secteurs textile/habillement/sport et luxe et parfums. Contre seulement 1 % des articles informatiques et multimédias.

Sur le plan méthodologique, comme il est impossible de déterminer le chiffre d’affaires réel de ces sites, les auteurs ont dû procéder d’une façon détournée.

L’estimation a été réalisée en s’appuyant sur le volume des objets retirés de la vente à partir des actions de la douane, notamment les articles interceptés livrés par fret-express ; les annonces retirées des sites de ventes aux enchères (voir en particulier page 7 les premières statistiques communiquées par PriceMinister) ; les réclamations des acheteurs et les notification effectuées par les titulaires de droits. L’ensemble de ces éléments ont ainsi permis d’éliminer 977 183 articles dont le prix moyen par article était de 85 euros. Il s’agit donc bien d’un chiffre minimal, car il est évident qu’une part non négligeable de ce commerce illicite passe entre les mailles du filet. De plus comme le souligne Eric Schmidt, « les sites qui vendent des contrefaçons répondent toujours à la demande et ne sont jamais en rupture de stock. » L’étude montre aussi que la lutte contre la cyber-contrefaçon est difficile car les circuits changent d’un secteur à l’autre. <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

 

© Contrefaçon Riposte N°35 - juillet 2008