Chine : entre compréhension et exaspération

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

AIC-Chine_fmtEn une décennie la majorité des produits manufacturés importés en Europe provient de Chine sans pour autant être tous des produits chinois. Car une grande partie est fabriquée par des usines occidentales délocalisées. Néanmoins, la croissance des échanges n’a fait qu’accroître les infractions à la propriété intellectuelle (PI), et les contrefaçons suivent le même chemin. Comme le confirment les statistiques douanières sur l’origine des articles contrefaisants, la Chine arrive largement en tête : 80 % des articles saisis en volume aux États-Unis, 70 % au Japon, 60 % en Europe, mais paradoxalement seulement 40 % en France en 2007 (Hongkong compris).

« Les règles du commerce international et les barrières de la PI sont perçues par les PME chinoises comme une gêne à leur rentabilité et à un accès rapide au marché international, ce qui favorise la contrefaçon comme un moyen d’entrée, » constate Thomas Pattloch, en charge de la PI au sein de la Délégation de l’Union Européenne à Pékin. Ainsi, en 2004, les commentateurs estimaient qu’au moins 10 millions d’emplois dépendaient de la contrefaçon et 10 % de l’activité commerciale. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée puisque, selon le président de l’Union des fabricants, l’économie souterraine de la Chine représenterait 30 % de son PIB !

> Hiérarchiser et cibler

De fait, les récriminations contre la Chine ne manquent pas. Ce mois-ci encore la Chambre de commerce européenne à Pékin [qui regroupe 1 300 grandes entreprises] reproche le protectionnisme chinois, le manque de transparence, le retard dans les réformes et la montée d’un nationalisme économique qui inquiète les investisseurs. Lors d’un séminaire sur les salons d’affaires, fin 2007 à Pékin, déjà Peter Mandelson ne mâchait pas ses mots et faisait part de son impatience. Selon le commissaire européen au Commerce, « les industriels européens estiment que le non-respect des droits de PI en Chine leur fait perdre un dollar chaque fois qu’il réalise 5 dollars de chiffres d’affaires en Chine. En outre, 7 sociétés européennes sur 10 se déclarent victimes de vol de droits de propriété intellectuelle ». Pourtant ajoute-il, « ce n’est pas simplement une préoccupation européenne, c’est aussi un enjeu essentiel pour les Chinois eux-mêmes. »

Cependant au-delà de ces récriminations, les personnes sur place et en prise directe avec la réalité se montrent plutôt optimistes. Faut-il rappeler qu’en Chine le concept même de propriété intellectuelle n’a qu’une vingtaine d’années et reste largement incompris d’une partie importante des autorités répressives et de la justice. Depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC, fin 2001, la législation chinoise a considérablement évolué et tend à s’aligner sur les standards internationaux. En revanche, son application est encore problématique.

Les contributions réunies dans ce numéro montrent que l’opinion sur l’efficacité des moyens d’agir contre la contrefaçon chinoise est différente vue de Pékin ou de Paris. Manifestement, les risques de désinformation sont grands et il faut faire la part des choses et se méfier des déclarations tonitruantes ou trop défaitistes. L’exemple de Mattel, la multinationale américaine du jouet, incite à la prudence. Finalement sur les 20 millions de jouets rappelés pendant l’été 2007 très peu étaient dangereux. Quant au manque de qualité constaté sur certains, « il provenait d’un défaut de conception chez Mattel, et non d’un problème venant des fabricants chinois, » déclarait le 21 septembre 2007, son vice-président Thomas Debrowski, avant de faire des excuses publiques au peuple chinois. <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

 

© Contrefaçon Riposte N°36-37 - septembre 2008