Piraterie logicielle : trop de victimes collatérales

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

Saisie-de-CD_fmt L’industrie du logiciel commercial est certainement l’activité éditoriale la plus touchée par « le piratage ». Un terme romantique qui curieusement glorifie l’activité des contrefacteurs dans le monde numérique. L’édition papier emploie des mots beaucoup plus explicites pour désigner le pillage ou le photocopillage.

Ce qui frappe dans l’édition logicielle, c’est que la copie et la contrefaçon ont toujours été omniprésentes dans cette activité immatérielle par excellence. Au point que l’industrie du logiciel donne l’impression d’avoir toujours intégré ce paramètre dans son business model. Dès les débuts de la micro, le fondateur de Microsoft constatait que les ventes progressaient moins vite que prévu car son Basic était déjà victime d’un large piratage. Conscient du danger, Bill Gates a publié, dès 1976, deux lettres ouvertes dans la presse pour condamner ces pratiques. Cette situation est paradoxale car l’industrie du logiciel devrait être à la pointe de la lutte contre la piraterie, dans tous les cas faire mieux que l’industrie des loisirs moins préparée aux vulnérabilités du numérique.

> Trois types de victimes

Dans ce secteur d’avenir la contrefaçon fait au moins trois grandes catégories de victimes, explique Marc Mossé, le directeur juridique de Microsoft France à l’occasion d’un séminaire organisé par la Business Software Alliance (BSA) en partenariat avec l’IRPI de la CCI de Paris sur le thème « Contrefaçon de logiciels : enjeux et risque pour les entreprises. »

Les premières victimes sont les éditeurs de logiciels dont l’activité à forte valeur ajoutée est basée sur l’innovation. C’est le deuxième secteur à investir le plus dans la recherche. Microsoft dépensera cette année 9 milliards de dollars de R&D, mais estime perdre 165 millions de dollars par mois du fait de la contrefaçon ! Un préjudice considérable qui pénalise un secteur qui peut avoir un effet accélérateur important sur la relance et constituer une pièce maîtresse dans l’avènement d’une économie du savoir et de la connaissance.

La seconde victime est le fragile écosystème de l’industrie de l’information dans son ensemble. En France les dépenses informatiques représentent, selon une étude IDC, 49 milliards d’euros, c’est-à-dire, 2,6 % du PIB et le secteur des TIC emploie 366 000 personnes. Pourtant ce secteur pourrait apporter beaucoup plus à l’économie nationale. Une précédente étude estimait qu’une réduction de 10 % de la contrefaçon des logiciels permettrait de créer, en France, en quatre ans : 14 500 emplois, 6 milliards d’euros de revenus pour l’industrie et 1,9 milliard de recettes fiscales supplémentaires.

Enfin, la contrefaçon de logiciels pénalise aussi les entreprises utilisatrices. D’une part, la contrefaçon incite les éditeurs à pratiquer une obsolescence accélérée de leurs produits, qui induit des coûts récurrents de mise à niveau pour les utilisateurs. Par ailleurs, les pertes liées à la contrefaçon renchérissent, d’une façon ou d’une autre, le prix des licences. À cela s’ajoute, selon Bruno Menard, le président du Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF), des contrôles tatillons et un climat de suspicion sur l’usage des licences avec à la clé des audits qui désorganisent et pénalisent l’activité des directions informatiques. Alors que les grandes entreprises sont de loin celles qui gèrent le mieux leurs actifs logiciels. <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

 

CR48 - © Contrefaçon Riposte N°48 - octobre 2009