Les marques pharmaceutiques face aux cybermenaces : quelles stratégies mettre en œuvre en 2016 ?

Écrit par © Filactu le . Rubrique: Editorial

SB MarkMonitorPar Stéphane Berlot, responsable des ventes de la filiale France et Benelux de MarkMonitor

La distribution illicite de médicaments, en plein essor sur Internet, comporte son lot de menaces, à commencer par le danger pour la santé du consommateur. Le manque à gagner et la responsabilité potentielle des laboratoires pharmaceutiques les contraints à s’intéresser aux cybermenaces les plus récentes, afin de protéger à la fois la santé des patients et leur propriété intellectuelle. 


1/ Surveiller les canaux de distribution en ligne

Un sur deux : c’est le nombre de médicaments contrefaits vendus sur Internet dans le monde, selon une estimation de l’OMS. On estime à plus de 500 les types de médicaments concernés : antibiotiques, contraceptifs, sérums antitétaniques, médicaments antipaludiques, traitements contre le cancer, insuline, anabolisants, implants mammaires, Viagra… Le phénomène est en pleine expansion et n’épargne aucun pays.

Or, les Européens l’avouent : ils manquent cruellement d’informations sur le sujet. Un sondage du cabinet Happycurious pour Sanofi mené en août 2014 révélait que la grande majorité des répondants (84 %) n’avaient jamais vu ou identifié un faux médicament. Une aubaine pour les contrefacteurs qui profitent de leur naïveté, tout particulièrement sur Internet où l’accès aux produits est facilité et les prix cassés.

Pour se protéger, les marques pharmaceutiques doivent donc surveiller l’activité des canaux de distribution en ligne, estimer l’ampleur de la distribution illicite et repérer la localisation des médicaments générateurs de revenus sur des sites spécialisés douteux, des places de marchés, des réseaux sociaux ou encore au sein d’e-mailings promotionnels.

Les laboratoires doivent être conscients de l’activité de détournement de leurs médicaments et identifier les lieux où le trafic est redirigé vers des sites frauduleux.


2/ Identifier les zones géographiques problématiques

Le patient français est relativement protégé de la contrefaçon de médicaments. Outre le réseau des pharmacies, il a accès à des circuits de distribution sécurisés et de qualité, très contrôlés et très réglementés. En ligne seulement, l’IRACM estime qu’en Roumanie et en Hongrie, 30 % des médicaments commandés en ligne sont frauduleux, contre 10 % en Russie, 60 % en Afrique et de seulement 1 % en France, où les pharmaciens sont les seuls autorisés à vendre les médicaments sur ordonnance sur Internet depuis 2013.

Si elle est bien protégée, la France peut toutefois servir de “zone de transit” aux produits contrefaits. Des plates-formes web basées à l’étranger profitent de la possibilité de vendre des médicaments sur Internet pour se développer, et ainsi faire entrer de manière illicite des produits de santé sur le territoire français par voie postale, en dehors des contrôles des pharmaciens d’officine.

Asie en tête de liste, Chine et Inde sur les talons : ces pays sont les pourvoyeurs de près de 80 % des médicaments non autorisés produits à l’étranger.


3/ Déployer une stratégie d’attaque complète

Dans une stratégie d’attaque, vous devrez faire fermer de nombreux sites pour déployer un programme complet, vous devrez également effectuer des enquêtes physiques ciblées, visant au démantèlement de la chaîne d’approvisionnement illicite. À cette fin, vous devrez faire appel à des ressources extérieures pour mettre en relation les moyens de lutte nécessaires à la fois en ligne et sur le terrain. Il faut donner la priorité aux cibles présentant le plus de valeur, et communiquer les preuves aux juristes et autorités compétentes pour simplifier l’ouverture des enquêtes et des poursuites.

Il ne faut pas attendre que le mal soit fait pour réagir. De nombreuses solutions existent aujourd’hui pour permettre aux sociétés pharmaceutiques de protéger leur clientèle, mais aussi de se protéger elles-mêmes des fraudeurs et des criminels en ligne, qui nuisent à leurs revenus et à leur réputation. Les enjeux sont multiples : outre les problématiques de santé publique, elles doivent être en mesure de récupérer le trafic détourné des sites web par les fraudeurs et d’éviter des dépenses marketing à des fins de promotions de leurs sites inutiles.

Pour prévenir, détecter et répondre aux abus de marques en ligne, l’industrie pharmaceutique doit pouvoir disposer d’une protection constante dans des environnements digitaux multiples, et ce à travers l’ensemble des canaux sur lesquels elle est présente (réseaux sociaux et applications mobiles compris). Il faut également prendre conseils auprès d’experts sur les nouveaux domaines (gTLD) afin d’être capable de protéger efficacement ses portefeuilles de noms de domaine des détournements et des tentatives de piratages des fraudeurs du Web.

4/ Explorer les données à la recherche d’informations exploitables

Lorsque vous aurez analysé l’ensemble des sources de données disponibles, en lien avec la distribution illicite de vos médicaments, vous pourrez alors démasquer les réseaux qui se cachent derrière les officines en ligne, notamment les sites d’e-commerce. Vous pourrez ainsi concentrer vos ressources là où le risque est le plus élevé. Mais aussi, obtenir des résultats plus rapides dans le cadre de vos enquêtes et optimiser le retour sur investissement de votre programme de protection de marque.

Pour vérifier la crédibilité des sites et vérifier s’ils sont agréés au niveau national ou non, vous pouvez consulter à cet effet la liste des sites autorisés à la vente en ligne par l’Ordre des pharmaciens (http://www.ordre.pharmacien.fr/ecommerce/search).


5/ Protéger vos médicaments avant leur lancement

À l’approche du lancement d’un produit, il faut identifier les priorités à traiter et les signaux d’alarme, tels qu’une utilisation fréquente de médicaments sans ordonnance, ou la disponibilité prématurée en ligne des principes pharmaceutiques actifs (PPA). En protégeant votre marque, vous contribuerez ainsi à protéger largement la santé de vos consommateurs.

La contrefaçon de médicaments serait vingt fois plus rentable que la vente de drogue : elle fait chaque année entre 100 000 et un million de victimes, selon l’Organisation mondiale de la santé. Une véritable économie souterraine ! C’est pour contrer ce phénomène en progression constante que la Convention Médicrime est applicable dans plusieurs pays depuis le 1er janvier 2016. Il s’agit de l’unique outil international qui criminalise la contrefaçon mais aussi la fabrication et la distribution de produits médicaux. Son objectif : permettre le renforcement des sanctions encourues. Il est en effet de la responsabilité de la communauté internationale d’éradiquer ce phénomène : tous les pays doivent avoir accès à la Convention Médicrime pour protéger les citoyens et la santé publique, mais aussi bénéficier du cadre de coopération internationale et des mesures destinées à améliorer la coordination au niveau national. <

Stéphane Berlot