Vases communicants

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

Paradoxalement, l’économie réelle est en récession ou pronostique d’infimes taux de croissance — comment est-il possible de calculer une croissance de 0,1 % ? — tandis que l’économie souterraine affiche une insolente prospérité, comme par un effet de vases communicants.

Les instituts statistiques nous abreuvent de chiffres sur le déclin de l’économie réelle dont la fiabilité interpelle tant une part croissante de l’activité semble leur échapper.

Aujourd’hui l’accent est mis sur l’évasion fiscale et les paradis fiscaux, mais il ne faudrait pas oublier les milliards générés par les très nombreuses activités criminelles qui prospèrent au détriment de l’économie réelle.

Certains détournements relèvent de trous noirs plus ou moins légaux issus d’acteurs qui ont pignon sur rue (activités non déclarées, optimisation fiscale, shadow banquing, dark pool, marché gris) mais qu’en est-il vraiment du blanchiment, des activités mafieuses, de la contrebande et de ces contrefaçons qui profitent des lacunes de la mondialisation, du manque de cohérence des législations, de la bienveillance de certains États, notamment dans les zones franches, et du manque de coopération entre les autorités de contrôle.

Le poids de l’économie souterraine serait tel que certains économistes vont même jusqu’à affirmer que la crise serait encore plus grave sans ses liquidités. Le blanchiment de l’argent sale soutiendrait ainsi la consommation et aurait contribué à renflouer le secteur bancaire. Plus sérieusement, les économies mafieuses participent de nos difficultés. Elles sont à l’origine de trop nombreux dysfonctionnements :  scandales sanitaires (même si l’économie réelle en produit aussi), produits falsifiés ou non-conformes, tromperies diverses dont les conséquences sont parfois mortelles.

Même si les études sur l’économie souterraine sont difficiles à mener et approximatives. Les chiffres que nous publions régulièrement donnent le vertige.

Philippe Collier

Quelques références