La défense du « Made in » : un sujet complexe et controversé

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

Pour certains le patriotisme économique du « Made in France » est dépassé et impossible à contrôler dans un contexte d’internationalisation des productions. La traçabilité de la valeur ajoutée et la réforme des prix de transfert seraient plus pertinentes. Tandis que pour les consommateurs l’identification de l’Origine d’un produit reste un élément d’information déterminant du choix.

La défense du « Made in » ne fait pas l’unanimité. D’une part, les industriels, qui ont largement délocalisé leurs productions, ne tiennent pas à être stigmatisés. D’autre part, il est de plus en plus difficile, pour les produits complexes, de distinguer entre ce qui a été fait en France et à l’étranger. Enfin, face à l’implacable logique économique de la mondialisation, les États sont plus préoccupés par l’origine de la création de valeur (source d'impôts et de taxes) que du produit matériel en lui-même. Une approche qui est défendue par Pascal Lamy, le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  (Lire notre information du 28 juin 2011)

L’important serait donc moins de savoir si un objet a été fabriqué ou non dans tel ou tel pays mais de comprendre comment sa valeur ajoutée se répartit entre les pays. Pour le Prix Nobel Joseph Stiglitz, « il devient plus compliqué d'identifier où est véritablement réalisée l'activité économique d'une entreprise. Ensuite, il faut déterminer si cette activité a lieu pour des raisons économiques ou fiscales. Aujourd'hui, le cadre utilisé à l'international s'appelle le système de prix de transfert. Afin de déterminer l'activité réalisée dans un pays, vous observez la valeur des biens exportés et celle des biens importés, la différence étant la valeur ajoutée dans votre pays. » (Interview du 6 octobre publiée par le JDN)

Par exemple, Apple indique sur ses iPhone la mention « conçu en Californie et assemblé en Chine ». Ceci pour indiquer que, bien que fabriqué en Chine, l’iPhone est avant tout le produit de la créativité et du savoir-faire de la Silicon Valley. Et il est vrai que, dans le prix de vente, l’essentiel de la valeur ajoutée revient aux États-Unis. Ainsi, la Chine ne gagnerait que 10 $ sur un iPhone vendu 459 $ par Apple*. La valeur du produit relève plus de l’immatériel que du matériel.

Un exemple qui conforte la position des designers français pour lesquels la priorité est de relancer le « Design in France » plus que le « Made in France ». La génèse d’un produit industriel (et de ses services associés) peut alors se comparer à un processus éditorial. Une démarche sur laquelle travaille notamment un chercheur comme Olivier Bomsel de l’École des mines de Paris.

Philippe Collier