La copie et le faux menacent le libre-échange

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

CR42-Une_fmtFace à l’ampleur de la crise le combat contre la contrefaçon et la piraterie numérique pourrait sembler anecdotique. Il n’en est rien. Bien au contraire, il soulève d’importantes questions. Au moment où tous les économistes se mobilisent contre le protectionnisme, le repli sur soi et les égoïsmes nationaux est-il bon de vouloir renforcer les contrôles aux frontières ?

Fidèle à son ultralibéralisme, le Président Tchèque de l’Union européenne se dit toujours partisan d’une « Europe sans barrière ». Tandis que les pays émergents, gros pourvoyeurs de contrefaçons, accusent les pays développés de protectionnisme. Ceux-ci font actuellement pression sur les instances internationales, comme l’OMC ou l’OMD, pour minimiser les contraintes de la propriété intellectuelle et réduire le contrôle des flux de marchandises sous prétexte qu’ils entraveraient les échanges mondiaux.

De son côté, le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, proclame la nécessité d’une politique de concurrence vigoureuse pour stimuler la reprise économique, mais reconnaît, « qu’en cas de crise les mesures d’urgence peuvent parfois s’écarter des principes de saine concurrence. »

> Protectionnisme légitime

Que dire alors des pratiques illégales des paradis fiscaux et des contrefacteurs qui ne respectent pas ces règles élémentaires. L’OCDE préconise « d’aider les gouvernements à renforcer le cadre réglementaire dans lequel les marchés fonctionnent et d’adopter les politiques adéquates pour retrouver le chemin d’une croissance économique durable sur le long terme. »

Dans ce contexte la lutte contre la copie et le faux est une priorité. La contrefaçon et la piraterie sont des poisons pour la relance. Ce sont des éléments perturbateurs et déstabilisants qui faussent la concurrence, minent la confiance et freinent l’investissement.

Plus que jamais, en cette période critique, les entreprises et les États ont tout à gagner à mettre en place des stratégies anti-contrefaçon efficaces. Les premières peuvent ainsi espérer reconquérir des parts de marché détournées et les seconds récupérer de précieuses taxes en réduisant la fraude. Autant de facteurs qui peuvent avoir un effet bénéfique immédiat sur le commerce légal.

C’est pourquoi, il ne fait aucun doute que la vigilance des autorités de contrôle doit être renforcée partout dans le monde. Il est même acquis, que tout laxisme en la matière ne ferait qu’aggraver la situation en favorisant la concurrence déloyale, les trafics illicites et l’économie souterraine.

Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de mettre en place des mesures légitimes de protection visant à éliminer les produits non-conformes ou dangereux pour la santé ou la sécurité des consommateurs. Tout comme il est nécessaire de décourager les productions et les comportements nuisibles à l’environnement qui ne s’inscrivent pas dans une politique de développement durable.

Les économies développées ne parviendront à préserver leur créativité, leurs industries et leurs emplois qu’en menant une lutte sans merci contre la contrefaçon et la piraterie dont les activités occultes représentent entre 5 et 10 % du commerce mondial. <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

© Contrefaçon Riposte N°42 - février 2009