Rompre avec la logique du hamster

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

USB-hamster_fmtConcrètement, au-delà des grands discours, la vraie question est de savoir : comment éliminer la contrefaçon pour maintenir un haut niveau de confiance dans les produits que nous consommons ? Deux voies d’action sont possibles, la méthode curative et la méthode préventive. Ces deux voies sont complémentaires, mais elles se distinguent fondamentalement dans leur approche et leurs moyens d’action. En particulier dans l’importance que l’on attribue au contrôle physique des produits.

Aujourd’hui la lutte contre la contrefaçon repose principalement sur la première méthode, celle utilisée par les autorités de contrôle, dont la charge est principalement assumée par la collectivité.

Tandis que la voie préventive, qui consiste à sécuriser la chaîne logistique en renforçant les moyens techniques de tracer et d’authentifier les vrais produits, commence seulement à faire son chemin. Sa mise en œuvre, reposera principalement sur l’initiative des producteurs, qui devront y trouver un avantage, mais aussi sous la pression des évolutions législative et réglementaire. Comme c’est déjà perceptible dans les secteurs sensibles où la contrefaçon induit des risques sanitaires inquiétants.

> Traquer les comportements ou tracer les produits ?

Pour le moment l’essentiel des efforts se concentre sur la voie curative. Il s’agit de partir de la réalité du terrain et de traiter le mal à la racine. En déployant des méthodes d’investigation proches de l’intelligence économique, cette approche tend à s’éloigner du produit, (aujourd’hui seulement 2 à 3 % des marchandises sont physiquement contrôlées), pour mobiliser d’autres types d’informations, comportementales, financières, douanières, policières... avant d’engager des actions judiciaires ou réglementaires. Cette voie vise avant tout à détecter la fraude pour s’attaquer aux contrefacteurs et leurs commanditaires.

Une stratégie qui est déjà à l’œuvre depuis plusieurs années. Face à l’explosion du commerce internationale et à la réduction des effectifs, les administrations douanières mettent en place des politiques de ciblage pour détecter les fraudeurs, en analysant les documents d’accompagnement des marchandises, les incohérences, les ruptures de charge et les multiples transbordements suspects entre les points d’embarquement et de destination du fret, pour se concentrer sur les cas les plus importants. Pour le moment, il s’agit donc essentiellement d’un contrôle administratif de détection des anomalies.

Force est de constater que la cybercontrefaçon, avec des moyens comme Cyberdouane, ne fait qu’accentuer cette tendance. C’est pourquoi, Jérôme Fournel, le directeur général de la douane, veut rompre avec la politique « du hamster prisonnier de sa cage tournante. Nous ne pouvons être condamnés à pédaler de plus en plus vite pour extraire une à une les contrefaçons du flux considérable des marchandises. » Déjà avec 10 % des saisies réalisées, soit plus de 600 000 articles en 2008, contre 240 000 en 2007, la cybercontrefaçon tend à saturer les services douaniers. Selon lui, « ce combat sans fin est perdu d’avance si l’on ne s’attaque pas aux vraies causes. L’enjeu est d’aller chercher les contrefacteurs là où ils se trouvent, même très loin, pour démanteler les filières à la source.» Nul doute que les technologies de protection apporteront aussi leurs contributions à ce combat. <

Philippe Collier

© Contrefaçon Riposte N°43 - mars 2009