Technologies de lutte : comment les financer ?

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

CR45-RFID_scanner_fmtLa lutte anti-contrefaçon est à un tournant. Jusqu’à présent, elle a surtout été perçue par les entreprises comme un système défensif source de dépenses. Avec en première ligne les services juridiques et la propriété intellectuelle comme arme. Il s’agit surtout d’entreprendre des actions pour faire valoir ses droits. Mais chacun sait que cette voie est longue et coûteuse, et aussi très aléatoire, voire impossible à mener lorsque les contrefacteurs sont insaisissables ou agissent dans des pays exotiques. Quant aux dommages et intérêts, ils couvrent rarement les frais engagés.

L’autre voie, consiste à mettre en œuvre des moyens préventifs pour authentifier et sécuriser la chaîne logistique, mais la question récurrente est de savoir : « Qui va payer ? » Car même si les pertes liées à la contrefaçon ou aux marchés parallèles sont conséquentes, il est particulièrement difficile de déterminer le retour sur investissements (ROI) de ce type de dépenses. C’est pourquoi, en dépit d’une évolution favorable (voir page 8), les entreprises hésitent encore à investir dans des technologies sophistiquées uniquement pour lutter contre la contrefaçon.

Dès lors, la question est de savoir comment dépasser l’image négative de la lutte anti-contrefaçon, pour faire des systèmes de traçabilité et d’authentification une source de création de valeur. C’est-à-dire, un élément positif de différenciation, porteur d’innovations et d’avantages compétitifs. Le problème est que ces systèmes sont difficiles et compliqués à mettre en œuvre, car les projets sont à cheval entre la production, la supply chain, le commercial, le marketing et les clients. Par conséquent, seule une action transversale et volontariste sur le système d’information permettra de débloquer la situation.

> Avoir une démarche globale

C’est ainsi que le Groupe L’Oréal teste actuellement la RFID en partenariat avec des distributeurs comme Metro en Allemagne, WalMart aux États-Unis et Liverpool au Mexique. Pour Bertrand Doyelle, responsable qualité-service aux clients, « tout l’enjeu est de parvenir à fédérer les acteurs pour faire décoller la RFID. Car vouloir remplacer un simple code à barres, qui coûte 6 centimes d’euros, par un tag électronique est tout simplement impossible si l’on ne fait pas des gains par ailleurs.»

Pour L’Oréal, la RFID ne trouvera son ROI qu’en faisant des bénéfices sur les quatre niveaux suivants : 1/ optimisation de la chaîne logistique : la RFID permet notamment de réduire les contestations sur les livraisons et par conséquent de réduire les délais de paiement ; 2/ lutter plus efficacement contre les déperditions de marchandises et en particulier le vol. Selon une étude d’ECR Europe, il en coûterait 24 milliards d’euros par an au commerce. Elle permet aussi de faire des économies sur les étiquettes antivol dans les magasins, dont le coût varie de 0,15 à 0,25 euro par produit ; 3/ faire la chasse aux contrefaçons : la sérialisation des identifiants produits sécurise la distribution et la consommation des produits ; 4/ enfin, la RFID permet de développer, via le concept de packaging étendu, une personnalisation de la relation clients avec des services innovants d’information ou de promotion. Il reste que pour mener à bien ce type de projet, il faut avoir des compétences étendues et une capacité d’intégration qui n’est pas à la portée de la plupart des fournisseurs de solutions. <

Par Philippe Collier / Rédacteur en chef

© Contrefaçon Riposte N°45 - juin 2009