Les risques du « low cost »

Écrit par Philippe COLLIER le . Rubrique: Editorial

Les importations massives de biens en provenance des pays à bas coût conjuguées à la baisse du pouvoir d’achat conduit au développement spectaculaire du hard discount et des produits low cost. Cette évolution modifie en profondeur la structure du marché, comme l’explique Antoine Rebiscoul, directeur de la stratégie de Publicis France, « nous passons d’un monde en forme de poire — avec au milieu beaucoup de produits moyens et standard, en bas quelques produits perçus comme bas de gamme, et au dessus un peu de produits haut de gamme — à un monde en forme de sablier, dans lequel il y a en bas des produits low cost et en haut des produits sophistiqués à options ». Entre les deux, les produits intermédiaires sont laminés.

Une tendance, qui serait révélatrice d’une paupérisation des classes moyennes et qui expliquerait, en partie, les difficultés de nombreuses industries nationales.

Cette compétition qui tire tout vers le bas, les prix comme la qualité des produits est particulièrement inquiétante. Car elle ouvre la porte à toutes sortes de compromis sur le choix des matières premières, la sécurité et la fiabilité des produits dont le consommateur ne peut être finalement que la victime. Nous pensons même que cette évolution, qui met sous pression les producteurs et les sous-traitants, ne peut que favoriser le développement des imitations, des contrefaçons et le non-respect des normes.

> Besoin de traçabilité sécurisée
Dans un article récent (1) intitulé « Subprimes et mélamines, deux catastrophes liées » les auteurs dénoncent le comportement des marchés et des industriels qui ont recours à une même logique déresponsabilisante de sous-traitance. Avec la crise financière, comme pour les enfants chinois empoisonnés par le lait frelaté, les consommateurs sont victimes d’un système économique qui découpe les risques en rondelles, pour mieux les disséminés entre les divers acteurs de la chaîne. « Dans les deux cas, la cupidité et l’irresponsabilité de la part de certains intermédiaires ont servi de détonateur ». Ces catastrophes « mettent en évidence le besoin croissant de traçabilité dans les chaînes d’approvisionnement.»

L’externalisation massive des réseaux d’approvisionnement sur l’ensemble de la planète crée des nœuds de fragilité et des maillons faibles. «Les directeurs des achats sont confrontés à la tâche redoutable de rendre leur réseau toujours plus fiable et en même temps plus compétitif.» Face à cette situation la réponse ne peut résider uniquement dans la multiplication des réglementations et des contrôles étatiques. Les entreprises doivent assurer un contrôle et une sécurisation de l’ensemble de leur chaîne logistique des fournisseurs aux consommateurs. Les technologies anti-contrefaçon de marquage et d’authentification sont par conséquent promises à un bel avenir avec un marché potentiel considérable. Les industriels, garants de la qualité de leurs produits, ne doivent pas attendre d’être confrontés à une crise pour les intégrer. C’est au contraire en apportant la preuve de l’origine et de la qualité de leurs produits qu’ils conserveront la confiance des consommateurs et qu’ils pourront échapper à la spirale infernale du low cost.

Souhaitons que les consommateurs, toujours mieux éduqués, sauront rapidement faire la différence entre des produits de pacotille et médiocres — finalement beaucoup trop chers pour ce qu’ils sont — et des produits d’origine certifiée, plus fiables et plus durables. <

Philippe Collier

(1) Le Monde du 19-20 octobre page 16

© Contrefaçon Riposte N°38 - octobre 2008